Le projet

Pourquoi 18:30

Paris, un soir comme les autres. Autour de l’Étoile, les voitures tournent sans s’arrêter. Sous l’Arc de Triomphe, un petit groupe s’avance : quelques drapeaux, des médailles, parfois des enfants d’une école. Il est 18 h 30. Le glaive s’incline sur la dalle, la flamme se relève. Une sonnerie, une minute de silence. Puis la ville reprend son bruit.

Ce geste a lieu chaque soir depuis le 11 novembre 1923, sur la tombe du Soldat inconnu. Il a eu lieu sous l’Occupation, quand les troupes allemandes défilaient sur les Champs-Élysées. Le 11 novembre 1940, des lycéens et des étudiants sont venus jusqu’à l’Arc, malgré l’interdiction. Pas un soir n’a manqué.

Quand les dernières voix se taisent

Le 12 octobre 2021, Hubert Germain meurt à 101 ans. Il était le dernier des 1 038 Compagnons de la Libération. Il avait rejoint Londres à dix-neuf ans, combattu à Bir Hakeim, au pied d’El Himeimat, en Italie, en Provence. Avec lui s’éteint la dernière voix qui pouvait dire « j’y étais ».

Restent les livres, les plaques, les monuments. Et une question : que reste-t-il d’un nom quand plus personne ne le prononce ? On passe devant une rue Leclerc sans penser à Koufra, à la station Bir-Hakeim sans savoir ce qui s’y est tenu, seize jours durant, dans le désert de Libye.

Des chansons, pour que l’on s’en souvienne

18:30 est né d’une impression, et d’une tristesse : celle de voir s’effacer, peu à peu, le goût de notre histoire et le sens du devoir de mémoire. Pas par mépris, souvent par oubli. Les noms restent sur les plaques, mais on ne les lit plus.

Ce goût de l’histoire, nous l’avons pourtant sous les yeux, tout près. Quelqu’un de notre entourage en a fait bien plus qu’une passion : il est guide, et emmène les voyageurs sur les lieux de mémoire pour leur raconter ce qui s’y est passé. Il est à l’origine de Kilroytrip, pour préparer un voyage de mémoire. À l’écouter, on comprend qu’il suffit souvent d’une bonne histoire, bien racontée, pour que l’intérêt revienne.

Alors plutôt que de déplorer l’oubli, nous avons choisi d’en faire des chansons. Parce qu’on retient une chanson plus facilement qu’une date de manuel. Un refrain peut faire chercher qui était Amilakvari, où se trouve Koufra, ou pourquoi les hommes de l’île de Sein sont partis pour l’Angleterre en juin 1940.

Le projet emprunte son nom à l’heure du ravivage, et son geste aussi : chaque soir, quelqu’un remet un peu de lumière sur ce qui pourrait s’éteindre. Chaque chanson raconte un moment précis de l’histoire militaire française, une date, un lieu, des hommes et des femmes. Et chaque chanson ouvre une porte : sa page raconte l’histoire vraie, simplement, avec ses sources.

Le frisson, ou rien

Chaque chanson a été générée, écoutée, réécrite, recommencée. Elle n’est gardée qu’à une condition : qu’elle donne un frisson. Celui qui vous traverse quand la sonnerie « Aux morts » retentit sous l’Arc de Triomphe. Si ce frisson ne vient pas, la chanson ne sort pas. Douze l’ont passé. Chacune a le sien : un refrain, une voix qui se brise, un nom qu’on entend enfin.

S’il fallait n’en garder qu’une, ce serait Le Serment. Koufra, 2 mars 1941 : au milieu du désert libyen, le colonel Leclerc fait jurer à ses hommes de ne déposer les armes que lorsque le drapeau flottera sur la cathédrale de Strasbourg. Ils ne sont qu’une poignée, à des milliers de kilomètres de l’Alsace. Tout dit que c’est impossible. Ils ont trompé la fatalité : le 23 novembre 1944, la promesse est tenue.

C’est pour cela que deux chansons du premier volume se répondent. Tissu est dans Iode, du nom du message codé qui signale l’entrée des chars de la 2e DB dans Strasbourg, reprend le refrain du Serment. Trois ans, huit mois et vingt et un jours séparent les deux chansons : le temps qu’il a fallu aux hommes de Leclerc pour aller au bout de leur parole.

Une méthode : des faits datés et vérifiés

Une chanson de mémoire n’a pas le droit d’inventer. Avant d’écrire un vers, chaque fait est vérifié auprès de sources officielles : Ordre de la Libération, Chemins de mémoire, Fondation de la France Libre, ministère des Armées.

  • Les citations sont rares, et exactes.
  • Les chiffres discutés par les historiens sont donnés avec prudence.
  • Quand la chanson arrondit un chiffre ou rapproche deux dates, la page du titre le dit dans l’encadré « Ce que dit la chanson ».
  • Les sources sont listées sous chaque récit, pour que chacun puisse aller plus loin.

Ce que vous trouverez sur chaque page

La chanson, à écouter sur place ou sur votre plateforme. L’histoire, en quatre ou cinq chapitres datés, avec ses chiffres clés. Les paroles complètes, qui s’éclairent au fil de la lecture. Le clip, les paroles à l’écran, au rythme des sorties sur YouTube. Et les titres qui se répondent : le serment de Koufra appelle Strasbourg, la nuit du 5 juin en Bretagne appelle Sword Beach au matin.

Des paroles écrites à la main, une musique créée avec l’IA

Les paroles sont écrites et retravaillées par Jody Gonzales. La musique et les voix sont créées avec l’aide de l’intelligence artificielle, sous licence commerciale. Elles sont déclarées comme telles aux plateformes d’écoute et sur YouTube.

Nous le disons clairement : c’est une technologie au service du devoir de mémoire. Elle ne remplace ni les historiens, ni les témoins, ni les lieux. Elle permet de donner une voix à des histoires qui n’en ont plus.

Ce que 18:30 ne fera jamais

  • Citer le nom d’un soldat tombé récemment sans l’accord de sa famille.
  • Inventer une citation ou un fait pour servir une rime.
  • Acheter des écoutes ou des abonnés.
  • Laisser l’hommage se détourner de son objet : les commentaires sont modérés pour que chaque page reste un lieu de recueillement.

Les volumes

Le premier, 18:30, Vol. I — France Libre, suit en 12 chansons ceux qui ont dit non en 1940 : de l’Appel du 18 juin au dernier Compagnon, de Londres à Strasbourg. Après les soldats, les civils : le volume II, Ceux de l'ombre, sera consacré à celles et ceux qui ont imprimé, caché, transmis. D’autres suivront, avec la même méthode et la même heure.

Pourquoi « nous »

Parce que le devoir de mémoire n’appartient à personne en particulier : il concerne chacun de nous. Celui qui écrit ces chansons, celui qui les écoute, celui qui les partage, celui qui, un soir, montera à l’Étoile à 18 h 30 pour voir la flamme se relever. 18:30 n’est qu’une façon de plus de dire leurs noms.

Un travail fait seul

Derrière 18:30, il n’y a ni équipe ni maison de disques : une seule personne écrit, vérifie, publie et répond aux messages.

« Je fais ce travail seul. Malgré le soin que j’y mets, des erreurs peuvent se glisser dans mes textes ou dans ma communication, et j’en suis sincèrement désolé. J’essaie de rester au plus près de la vérité, et de faire au mieux pour rendre hommage à la France et à celles et ceux qui la servent : ses soldats, ses pompiers, ses policiers, et tous les autres. » — Jody Gonzales

Écrire à 18:30

Une erreur, une précision, un témoignage, une archive de famille ? Écrivez à contact@1830.studio. Chaque message est lu, et chaque correction est faite sur la page concernée. Un nom qu’on vous a transmis mérite peut-être, lui aussi, sa chanson.