On les critique le lundi.
On les appelle le vendredi soir.

Novembre
Quand tout bascule, ils avancent pendant que tout le monde recule. Les policiers et les gendarmes, on les juge plus vite qu’on ne les remercie. Les militaires, on les oublie dès qu’ils sont loin. Novembre leur rend ce qu’on leur doit.
Policiers.
Montrés du doigt le jour, appelés à l’aide la nuit.
Gendarmes.
Le premier uniforme qu’on voit, le dernier qu’on remercie.
Militaires.
Ils tombent loin. On les oublie de près.
L’album · 2 titres
Deux nuits de novembre 2015. Deux chansons pour ceux qui sont entrés.
Le Bataclan, le 13 novembre. Le Radisson Blu de Bamako, sept jours plus tard. Chaque chanson a sa page : l’écoute, les paroles, et le récit sourcé de ce qui s’est passé.
Titre 1 · Le Bataclan, boulevard Voltaire · 13 novembre 2015
La Colonne
Cette chanson ne racontera pas l'horreur. Elle raconte ceux qui ont marché vers elle.
Titre 2 · Hôtel Radisson Blu, Mali · 20 novembre 2015
Chambre après chambre
Une semaine après Paris, le téléphone sonne encore.
13 novembre
La Colonne
Titre 1 · Bataclan, Paris · 13 novembre 2015
Cette chanson ne racontera pas l’horreur. Elle raconte ceux qui ont marché vers elle.
Un commissaire de la BAC et son équipier entrent les premiers. Deux.
Minuit dix-huit. La colonne de la BRI donne l’assaut, derrière son bouclier.
Elle avance dans un couloir. Le bouclier encaisse à sa place.
Vingt-sept impacts, selon le chef de la BRI. Le bouclier a tenu.
« Des gens ont mis ceci entre la mort et d’autres gens. »
Les otages du couloir sortent. Tous vivants.
Quatre-vingt-dix personnes sont mortes au Bataclan. On ne les oublie pas.
Juste d’entrer les premiers. Et ils sont entrés. Merci.
« La Colonne » en vidéo

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Les paroles
Cette chanson ne racontera pas l'horreur.
Elle raconte ceux qui ont marché vers elle.
Il est bientôt vingt-deux heures quand tout bascule,
Et deux hommes de la nuit arrivent les premiers,
Un commissaire, un équipier — pas de renforts, pas de bulle,
Juste la certitude qu'à l'intérieur, on meurt.
Ils entrent. Dans le noir, un bourreau tient sa proie,
Les deux ajustent, tirent — et l'homme s'écroule,
Le massacre s'interrompt pour la première fois :
Deux policiers de nuit viennent de fissurer la houle.
Marcher vers le feu — (vers le feu) quand le monde recule,
Marcher vers le feu — (vers le feu) c'est le métier qu'ils ont choisi,
On ne leur a pas demandé d'être des héros majuscules :
Juste d'entrer les premiers. Et ils sont entrés. Merci.
Puis vient la colonne, boucliers contre la nuit,
Couloir après couloir, on évacue, on progresse,
Là-haut, les derniers bourreaux retiennent des survies,
Et la négociation gagne des minutes à la détresse.
Minuit dix-huit : la porte cède, le bouclier d'acier
Avance dans le feu et boit une pluie de balles —
Vingt-sept impacts, pas un trou — il n'a jamais plié.
Les otages du couloir sortent.
Une vingtaine. Vivants. Tous.
Quatre-vingt-dix ne sont pas ressortis de la salle.
Marcher vers le feu — (vers le feu) quand le monde recule,
Marcher vers le feu — (vers le feu) c'est le métier qu'ils ont choisi,
On ne leur a pas demandé d'être des héros majuscules :
Juste d'entrer les premiers. Et ils sont entrés. Merci.
Souviens-toi de ce bouclier, de ses vingt-sept blessures,
Le métal cabossé qui s'est tenu devant des vies —
Un jour, raconte-le à tes enfants et dis-leur, simple :
« Des gens ont mis ceci entre la mort et d'autres gens. Ici. »
Marcher vers le feu — (vers le feu) quand le monde recule,
Marcher vers le feu — (vers le feu) c'est le métier qu'ils ont choisi,
On ne leur a pas demandé d'être des héros majuscules :
Juste d'entrer les premiers. Et ils sont entrés. Merci.
Ce que dit la chanson, et les sources
La chanson prend des libertés : « pas un trou », « une vingtaine » d’otages ou le bouclier « d’acier » ne sont pas établis par les sources.
Le chiffre de 27 impacts vient du chef de la BRI ; selon les témoignages, on lit 26 ou « une trentaine ». Aucun nom de victime, de policier ou d’assaillant n’est cité, volontairement.
13novembre 2015
Une semaine après Paris, le téléphone sonne encore.
20 novembre
Chambre après chambre
Titre 2 · Radisson Blu, Bamako · 20 novembre 2015
Les Maliens ouvrent la voie : c’est leur sol, leur combat. Des Français arrivent à leurs côtés, depuis le Burkina.
Environ 170 personnes prises au piège dans un hôtel.
On frappe à chaque porte, on écoute, on rassure.
Étage par étage. On ne laisse personne.
Une vingtaine n’ont pas revu le soir, venus du monde entier. Parmi eux, un gendarme malien.
Image, pas un plan de l’hôtel
Il y a des hommes, ce jour-là, qui les ont grands ouverts.
Beaucoup l’ont oublié. Pas ceux qui y étaient.
« Chambre après chambre » en vidéo

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Les paroles
Une semaine. Une semaine après Paris.
Et le téléphone sonne encore.
Sept jours après nos morts, à peine les bougies éteintes,
Un hôtel de Bamako se change en souricière,
Cent soixante-dix otages derrière les portes peintes,
Et deux fusils qui passent de chambre en chambre, en chasseurs.
L'alerte court le Sahel, les nôtres sont pas loin,
Ils arrivent du Burkina, moteurs dans le rouge,
Les Maliens ouvrent la voie — c'est leur sol, leur combat,
Et derrière eux des Français. Encore debout. Encore là.
Chambre après chambre — (on ne laisse personne)
Étage par étage — (on ne laisse personne)
Le monde entier voudrait fermer les yeux en novembre :
Il y a des hommes, ce jour-là, qui les ont grands ouverts.
Dans les couloirs, des corps, des clés, des valises,
Des vivants cachés sous les lits qui chuchotent des prières,
On frappe à chaque porte, on écoute, on rassure,
Et des vivants se lèvent, rendus au reste du soir.
Vingt n'ont pas eu ce soir, vingt n'ont pas eu la chance,
De partout sur la terre, unis dans un salon —
Mais tant d'autres ont revu la lumière, et la France
Était là, une fois encore, sans demander de pardon.
Chambre après chambre — (on ne laisse personne)
Étage par étage — (on ne laisse personne)
Le monde entier voudrait fermer les yeux en novembre :
Il y a des hommes, ce jour-là, qui les ont grands ouverts.
Sous les lits, dans les douches, des heures de silence,
Des vivants qui envoient des adieux par messages,
Le monde suit en direct, compte les ambulances,
Et chaque minute qui passe alourdit les étages.
Venus de tous les continents pour un salon d'affaires,
Ils n'avaient en commun qu'un petit-déjeuner —
La terreur ne trie pas, elle prend l'ordinaire :
C'est l'ordinaire, ce jour-là, qu'il fallait libérer.
Une semaine après le pire vendredi de Paris,
Des hommes qui auraient pu dire « pas nous, pas cette fois »
Ont rechargé, remis le casque, et répondu : oui.
C'est ça qu'on appelle tenir. Le reste, c'est des mots.
Chambre après chambre — (on ne laisse personne)
Étage par étage — (on ne laisse personne)
Le monde entier voudrait fermer les yeux en novembre :
Il y a des hommes, ce jour-là, qui les ont grands ouverts.
Ce que dit la chanson, et les sources
La chanson dit « cent soixante-dix otages » et « vingt » morts : ce sont des ordres de grandeur. Les bilans publiés vont de 19 à 22 morts, assaillants inclus ou non.
Le « salon d’affaires » du couplet 3 est une image : nous n’en avons pas trouvé de trace dans les sources.
L’album
Novembre : deux chansons pour ceux qui marchent vers le feu
Novembre est un album de deux titres consacré à celles et ceux qui avancent quand tout le monde recule : policiers, gendarmes et militaires. Il revient sur deux nuits de novembre 2015, à une semaine d'intervalle, et sur les femmes et les hommes qui sont entrés là où d'autres sortaient.
« La Colonne » raconte l'intervention des policiers au Bataclan, le 13 novembre 2015 : le commissaire de la BAC de nuit et son équipier qui entrent les premiers, armes de service à la main, puis la colonne de la BRI qui donne l'assaut à 0 h 18 derrière son bouclier. Tous les otages du couloir sortent vivants. Quatre-vingt-dix personnes sont mortes au Bataclan ; la chanson ne raconte pas l'horreur, elle raconte ceux qui ont marché vers elle.
« Chambre après chambre » se passe sept jours plus tard, à l'hôtel Radisson Blu de Bamako, au Mali, le 20 novembre 2015. Les forces spéciales maliennes remontent l'hôtel étage par étage, avec à leurs côtés des forces spéciales françaises venues de Ouagadougou. Une vingtaine de personnes ne survivent pas, dont un gendarme malien.
Chaque titre a sa page avec l'écoute, les paroles et un récit sourcé (rapport de la commission d'enquête parlementaire, auditions, presse). Les libertés prises par les chansons y sont signalées une à une. Aucun nom de victime, de policier ou d'assaillant n'est cité, volontairement. Ces deux chansons annoncent les prochains volumes de 18:30, consacrés aux opérations extérieures et aux forces de sécurité.
18 h 30
Chaque soir à 18 h 30, la Flamme est ravivée sous l’Arc de Triomphe. Pour ceux dont on connaît le nom, et pour tous les autres.
Paroles écrites à la main, musique créée avec l’aide de l’IA.

