Le 6 juin 1944, plus de 130 000 soldats alliés débarquent par la mer en Normandie. Sur les plages, une seule unité est française : les 177 fusiliers marins commandos du capitaine de corvette Philippe Kieffer, intégrés au No. 4 Commando britannique. Ils touchent le sable à Colleville, prennent le casino fortifié de Ouistreham, rejoignent les parachutistes aux ponts de l'Orne et combattent 78 jours en Normandie.
01Juin 1944Sword Beach
Les seuls Français des plages
Le commando Kieffer, c'est le nom que la mémoire a donné au 1er bataillon de fusiliers marins commandos, le 1er BFMC, une unité des Forces navales françaises libres. Le 6 juin 1944, ses deux troupes de combat, la 1 et la 8, et sa section d'armes lourdes, appelée « K-Gun », débarquent sur Sword Beach, la plage la plus à l'est du dispositif allié. Ils sont 177, sous les ordres de Philippe Kieffer. Ils forment la seule unité française à prendre pied sur les plages normandes ce jour-là.
Le chiffre mérite d'être bien compris. La France est présente ailleurs dans l'opération Overlord : des croiseurs et des corvettes de la France Libre tirent ou escortent au large, des équipages des Forces aériennes françaises libres volent au-dessus des plages, et des parachutistes SAS français ont sauté sur la Bretagne dans la nuit. Au total, plusieurs milliers de Français participent au Débarquement selon les estimations courantes, et le ministère des Armées compte quelques centaines de marins et une centaine d'aviateurs. Mais à terre, sur le sable, les seuls soldats français sont les hommes de Kieffer.
Le nombre lui-même est devenu un symbole. 177, c'est le total inscrit sur les listes nominatives et gravé sur les monuments de Colleville-Montgomery et de Ouistreham. Certains recoupements entre listes françaises et britanniques arrivent à 178 ; le chiffre de 177 reste celui de référence, retenu par l'Ordre de la Libération comme par la ville de Ouistreham. Sur le secteur de Sword, selon la même ville, ce sont environ 28 845 soldats sous commandement britannique qui débarquent ce jour-là.
Les Français ne combattent pas en unité isolée. Rattachés administrativement au No. 10 Commando interallié, ils sont affectés pour le Débarquement au No. 4 Commando du lieutenant-colonel Robert Dawson, lui-même intégré à la 1st Special Service Brigade de Lord Lovat. Leur mission tient en trois étapes : nettoyer le front de mer de Ouistreham Riva-Bella et son point d'appui fortifié de l'ancien casino, rejoindre les parachutistes britanniques qui tiennent les ponts de l'Orne, puis monter tenir les hauteurs d'Amfreville.
021939 – 1941Dunkerque, Londres, Portsmouth
Un banquier dans la marine
Rien ne destinait Philippe Kieffer à fonder une unité de commandos. Il est né le 24 octobre 1899 à Port-au-Prince, en Haïti, d'un père alsacien. Il fait carrière dans la banque et la finance ; il devient sous-directeur de la Banque nationale d'Haïti. Il n'a jamais fait de service militaire. En mars 1939, il quitte définitivement Haïti pour la France.
Mobilisé le 2 septembre 1939, à près de quarante ans, il rejoint la marine comme matelot secrétaire, puis devient quartier-maître de réserve. Il sert à l'état-major de Dunkerque, puis à Cherbourg, d'où il voit partir le corps expéditionnaire britannique. Le 18 juin 1940, alors que les Allemands arrivent, il embarque sur un chalutier qui gagne l'Angleterre. Le 1er juillet 1940, il s'engage dans les Forces navales françaises libres, le jour même de leur création : il fait partie des très rares marins à avoir refusé la défaite dès cette date.
Interprète et officier de liaison à Portsmouth, il pourrait passer la guerre dans un bureau. Le succès des raids des commandos britanniques sur les îles Lofoten, en Norvège, en mars 1941, le décide autrement. Il convainc l'amiral Muselier, puis les Britanniques, d'accepter une unité française de commandos. Fin 1941 – début 1942, selon les sources, il obtient l'autorisation de former une compagnie qui ne compte alors qu'une vingtaine de volontaires.
177Français du commando Kieffer débarqués le 6 juin
10commandos français tués le jour même
78 joursde combats en Normandie
24hommes sortis indemnes de la campagne
031942 – 1944Achnacarry, Écosse
Le prix du béret vert
Les premiers volontaires viennent des bataillons de fusiliers marins de la France Libre, mais aussi de la marine marchande, de la Légion étrangère ou de jeunes évadés de France. Après un premier entraînement à Skegness, Kieffer et ses hommes passent du 28 avril au 22 mai 1942 par le centre d'entraînement des commandos d'Achnacarry, dans les Highlands écossais, dirigé par le lieutenant-colonel Charles Vaughan.
Le stage dure six semaines et sert autant à former qu'à éliminer. Le ministère des Armées décrit les marches forcées, les parcours d'obstacles, les tirs à balles réelles, le combat à mains nues et au couteau. Ceux qui tiennent jusqu'au bout reçoivent le béret vert des commandos et le brevet qui l'accompagne ; beaucoup abandonnent en route, rapporte Léon Gautier, qui passe à son tour par Achnacarry en 1943.
En juillet 1942, la compagnie rejoint le No. 10 Commando interallié et Kieffer est promu lieutenant de vaisseau. Le 14 juillet 1942, le général de Gaulle passe ses hommes en revue à Londres. Le baptême du feu arrive vite : une quinzaine de commandos français participent au raid sur Dieppe, le 19 août 1942. Viennent ensuite les raids nocturnes de reconnaissance sur les côtes occupées, de la France aux Pays-Bas. Ils coûtent cher : le 28 février 1944, le capitaine Charles Trépel et toute son équipe disparaissent lors d'une mission aux Pays-Bas.
Le 8 octobre 1943, l'unité devient officiellement le 1er bataillon de fusiliers marins commandos. Sa composition ressemble à la France Libre elle-même. Selon le travail biographique de Benjamin Massieu et Jean-Christophe Rouxel, sur les 177 hommes du Jour J, 157 sont originaires de métropole ; les autres viennent d'Algérie, de Nouvelle-Calédonie, de Saint-Pierre-et-Miquelon, d'Haïti, mais aussi du Canada ou d'Argentine, et huit sont étrangers, dont quatre Luxembourgeois. Le 25 mai 1944, les hommes découvrent leurs objectifs dans les camps fermés du sud de l'Angleterre.
046 juin 1944Colleville
La Brèche, au petit matin
Le 5 juin en fin d'après-midi, les Français embarquent sur deux barges de débarquement d'infanterie, les LCI 523 et 527 selon la plupart des sources. Le lendemain matin, ils abordent la plage de La Brèche, sur la commune de Colleville-sur-Orne, rebaptisée Colleville-Montgomery en 1946. Ouistreham, à environ deux kilomètres à l'est, est leur objectif, pas leur point de débarquement.
L'heure exacte varie selon les documents. La stèle du 1er BFMC à Colleville-Montgomery indique 7 h 23 ; plusieurs récits retiennent 7 h 25, l'heure H fixée pour l'assaut sur Sword ; la ville de Ouistreham parle de 7 h 30, le ministère des Armées de 7 h 31 ou 7 h 32. Certaines sources britanniques placent l'arrivée du No. 4 Commando plus tard dans la matinée, après la première vague. Cette page retient 7 h 23, l'heure gravée sur la stèle des commandos français.
Une tradition rapportée par les sources françaises veut que le colonel Dawson ait laissé aux deux barges françaises l'honneur d'accoster en tête, pour que ces hommes soient les premiers à retrouver le sol de leur pays. La plage, elle, est encore battue par les tirs. Les hommes de la troupe 1 peinent à sortir de leur barge, touchée par une pièce antichar de 50 mm. Dans le premier quart d'heure, selon le ministère des Armées, une trentaine d'hommes sont tués ou blessés. Parmi les morts figure le médecin-capitaine Lion. Kieffer et Dawson sont tous deux blessés.
Kieffer, touché à la jambe par des éclats, refuse d'être évacué. L'Ordre de la Libération précise qu'il est blessé deux fois dans la journée et qu'il tient encore deux jours avant d'accepter l'évacuation. La troupe 8 du lieutenant Alexandre Lofi et la troupe 1 du lieutenant Guy Vourc'h se regroupent derrière la plage et s'élancent vers l'est, le long du front de mer.
Archive · Fig. 01Sword Beach, 6 juin 1944 : les commandos de la 1st Special Service Brigade, dont faisait partie le commando Kieffer, prennent pied sur Queen Red.Imperial War Museum (B 5103), domaine public · source
056 juin 1944Ouistreham
L'assaut du casino
L'ancien casino de Riva-Bella n'existe plus comme lieu de loisirs. Les Allemands ont fait de son emplacement un point d'appui fortifié, intégré au mur de l'Atlantique : à Ouistreham, plus de cent dix villas du bord de mer ont été rasées pour laisser place à quelque quatre-vingts blockhaus. L'ouvrage du casino couvre la plage et l'embouchure de l'Orne. Selon le ministère des Armées, il « tirait sans cesse sur les bérets verts ».
Les commandos français l'attaquent par la plage et par l'arrière. Les armes légères, les grenades et les projectiles antichars ne suffisent pas contre le béton. Kieffer, déjà blessé, part chercher un blindé britannique et le ramène pour appuyer l'assaut. La plupart des sources parlent d'un char Centaur des Royal Marines ; d'autres citent un Sherman amphibie du 13th/18th Royal Hussars. Quelques obus tirés à courte distance réduisent la position au silence, et les commandos la nettoient.
L'heure de la chute du casino diffère, elle aussi, selon les récits : vers 9 h 30 pour la Marine, vers 11 h pour la ville de Ouistreham, la fin de l'assaut vers 11 h 15 pour le ministère des Armées. Dans tous les cas, l'objectif principal du commando est atteint dans la matinée. La troupe de Lofi fait de nombreux prisonniers, note l'Ordre de la Libération. Le prix est lourd : le sous-lieutenant Augustin Hubert est abattu à Ouistreham par un tireur isolé ; des hommes tombent sur la plage, avenue Pasteur, boulevard Winston-Churchill.
Au soir du 6 juin, le bataillon compte dix tués. Le nombre de blessés varie selon les décomptes, d'une trentaine à plus d'une cinquantaine ; l'ordre de grandeur généralement retenu est la perte de près d'un quart de l'effectif. Le port de Ouistreham, lui, est pris par les Britanniques le 7 juin, et la ville n'est entièrement libérée que dans la nuit du 9 au 10 juin, avec la prise du Grand Bunker.
Archive · Fig. 026 juin 1944 : appuyés par des chars amphibies, les hommes du No. 4 Commando avancent dans Ouistreham.Imperial War Museum (MH 2011), domaine public · sourceArchive · Fig. 03Riva-Bella, 6 juin 1944 : le No. 4 Commando nettoie le front de mer, là où les Français de Kieffer enlèvent le casino fortifié.Imperial War Museum (MH 2012), domaine public · source
066 juin 1944Bénouville, Amfreville
Jonction aux ponts de l'Orne
Le casino tombé, les commandos reprennent leurs sacs et marchent vers le sud, par Colleville et Saint-Aubin-d'Arquenay. Leur but : Bénouville, où des planeurs britanniques se sont posés dans la nuit à quelques mètres du pont sur le canal de Caen à la mer, le futur Pegasus Bridge. Les parachutistes de la 6e division aéroportée britannique tiennent ce pont et celui de Ranville sur l'Orne, et attendent les renforts venus de la mer.
La jonction a lieu dans l'après-midi. La plupart des récits la situent en début d'après-midi ; le ministère des Armées indique que les survivants rejoignent les parachutistes à Bénouville vers 12 h 30, tandis que l'historique de l'unité avance 16 h 30 pour le passage au pont. Les Français franchissent ensuite le canal et l'Orne, et montent vers Amfreville, que les Britanniques ont libéré un peu plus tôt. Vers 20 heures, ils prennent position aux lisières du Plain, sur les hauteurs. Le soir même, Kieffer blessé, Alexandre Lofi prend le commandement.
07Juin – août 1944Amfreville, Bavent
Soixante-dix-huit jours sans relâche
Le Débarquement prévoyait un engagement bref des commandos, quelques jours. Ils vont rester en ligne 78 jours. À l'est de l'Orne, la position d'Amfreville et du Plain couvre le flanc gauche de toute la tête de pont alliée. Les Allemands contre-attaquent ; le 10 juin, le bataillon repousse un violent assaut. Suivent des semaines de patrouilles, de coups de main et de bombardements.
La guerre y prend un visage cruel. Le commando Georges Gicquel, blessé puis fait prisonnier, meurt à Amfreville le 24 juillet 1944 après avoir été torturé et pendu, selon la documentation de la ville de Ouistreham. Le 20 août, à l'Épine, Lofi mène un assaut de nuit contre une position de mortiers et il est blessé à son tour. Kieffer, évacué, a repris son poste le 13 juillet.
À la fin du mois d'août, l'offensive alliée pousse enfin vers la Seine. Les commandos libèrent Pont-l'Évêque le 24 août et terminent la campagne vers Beuzeville, après une ultime charge à la baïonnette à Saint-Maclou, rappelée par l'Élysée en 2023. Le bilan est terrible : selon la ville de Ouistreham et l'Élysée, seuls 24 des 177 hommes sortent de la campagne de Normandie sans avoir été tués ni blessés. Le nombre total de tués varie selon le périmètre retenu, de vingt et un à près d'une trentaine selon les décomptes. Les survivants regagnent l'Angleterre début septembre.
Pour Kieffer, la Libération a aussi le goût du deuil. Fin août, il gagne Paris en jeep ; l'Ordre de la Libération note qu'il est le premier à entrer dans la capitale par Saint-Cloud. Mais son fils Claude, vingt ans, engagé dans la Résistance, est tué par les Allemands le 25 août 1944 en Seine-et-Marne. Kieffer est fait Compagnon de la Libération par décret du 28 août 1944.
Archive · Fig. 04Normandie, 16 juillet 1944 : Philippe Kieffer reçoit la Military Cross des mains du maréchal Montgomery.Imperial War Museum (B 7370), domaine public · source
08Novembre 1944Flessingue, Pays-Bas
Walcheren, la campagne oubliée
Le 177 du Jour J ne résume pas toute l'histoire des bérets verts français. À l'automne 1944, rappelle l'historien Benjamin Massieu, beaucoup ne sont plus là : sur les 106 commandos français engagés aux Pays-Bas, seuls 95 avaient débarqué le 6 juin. Les autres sont morts, blessés, en convalescence ou ont quitté l'unité.
L'enjeu est capital. Les Alliés ont pris intact le port d'Anvers le 4 septembre, mais il reste inutilisable tant que les Allemands tiennent l'estuaire de l'Escaut, et en particulier l'île de Walcheren, très fortifiée. Le 1er novembre 1944, à partir de 5 h 45, le No. 4 Commando, avec les Français en son sein, débarque à Flessingue. Les combats de rue durent jusqu'au 3 novembre. Cinq commandos français y sont tués. Lofi s'empare d'une redoute et fait une centaine de prisonniers, dont le commandant allemand. Le 8 novembre, les derniers défenseurs de l'île capitulent.
« L'une des plus audacieuses et des plus braves de cette guerre. »
Dwight D. Eisenhower, communiqué sur la prise de Walcheren, 9 novembre 1944 (traduction citée par Benjamin Massieu)
L'hiver se passe sur les îles néerlandaises, avec des raids contre l'île de Schouwen entre janvier et mars 1945. Le dernier mort du bataillon, Camille Allard, saute sur une mine le 8 mai 1945, le jour même de la capitulation allemande. Le 26 mai 1945, les commandos défilent avec Kieffer sur les Champs-Élysées.
Dès 1947, Ouistreham Riva-Bella accueille la cérémonie nationale du 6 juin, en présence du commandant Kieffer. Depuis, chaque année, la commémoration suit le parcours des commandos et s'arrête là où des Français sont tombés : sur la plage, à la stèle « La Rafale » avenue Pasteur, à la stèle du boulevard Winston-Churchill. Philippe Kieffer meurt le 20 novembre 1962 à Cormeilles-en-Parisis ; il repose à Grandcamp-Maisy.
À Ouistreham, le monument de la Flamme, inauguré le 6 juin 1984 par le président François Mitterrand, se dresse sur un ancien blockhaus du front de mer et porte les noms des 177. Une statue de Philippe Kieffer y a été inaugurée pour le 75e anniversaire, en 2019. En face de l'emplacement du casino, le musée du N° 4 Commando, tenu par l'amicale des anciens du 1er BFMC, raconte l'histoire de l'unité avec une grande maquette du débarquement, des uniformes et des objets donnés par les familles.
À Colleville-Montgomery, plusieurs monuments jalonnent la plage de La Brèche : la stèle du 1er BFMC, avenue du 4e Commando, avec les noms des 177 gravés au dos ; un monument de 1994 sur le boulevard maritime ; une stèle pour trois commandos tués sur ce sable, Raymond Dumenoir, Raymond Flesch et Jean Rousseau. Non loin se dressent la statue du joueur de cornemuse Bill Millin, qui jouait pour Lord Lovat, et celle du maréchal Montgomery.
L'héritage est aussi vivant. Les commandos marine actuels descendent directement du 1er BFMC ; deux de leurs unités portent les noms de Trépel et de Hubert. En 2008, la Marine a créé le commando Kieffer, basé à Lorient, dont Ouistreham est la ville marraine depuis 2019.
Le dernier des 177, Léon Gautier, né en Bretagne en 1922, engagé dans la marine à dix-sept ans, rallié à la France Libre en juillet 1940, est mort à Caen le 3 juillet 2023, à cent ans. Il vivait à Ouistreham, à l'endroit même où il avait débarqué, et témoignait inlassablement devant les élèves ; son amitié avec un ancien soldat allemand, Johannes Börner, avait fait le tour du monde en 2014. Un hommage national lui a été rendu à Ouistreham le 7 juillet 2023, en présence du président de la République.
« Nous ne sommes pas des héros, nous n'avons fait que notre devoir. »
Léon Gautier, phrase qu'il répétait selon le communiqué de l'Élysée, 3 juillet 2023
C'est cette poignée d'hommes que chante « Ils étaient 177 » : les seuls Français sur le sable de France ce matin-là, et pour eux le premier pas du retour par la mer. Quelques heures plus tôt, d'autres Français de la France Libre, les parachutistes SAS racontés dans « Le Premier », avaient déjà touché le sol breton dans la nuit. Et quatre ans plus tôt, presque jour pour jour, l'Appel du 18 juin, au cœur de « Quoi qu'il arrive », avait lancé ces volontaires sur la route qui les ramenait chez eux.
Lieu de mémoire · Fig. 05La stèle de Colleville-Montgomery, sur la plage où débarquèrent les fusiliers marins du commandant Kieffer.Photo Dave osm, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons · source
Les paroles
Hymne rock de guerre, riff lourd, chœurs scandés massifs
Couplet 1
Écosse, Achnacarry, l'école de la douleur,
Des Français volontaires au pays des Highlands,
On y forge des hommes comme on trempe l'acier,
Et sur leur tête un jour : le béret vert, gagné.
Leur chef s'appelle Kieffer, banquier dans l'autre vie,
Quarante ans passés quand il s'engage,
Il a vu la défaite — il a choisi l'abordage :
Des fusiliers marins il fait des commandos.
Couplet 2
Quatre ans qu'ils attendent de revoir la côte,
Quatre ans d'exil, de raids et de brouillard —
Quand on leur dit enfin : « C'est pour demain, les gars »,
Pas un ne dort cette nuit-là.
Dans la barge qui tangue, au large de Ouistreham,
Un sous-off murmure le nom de sa rue,
Un autre compte les vagues, un autre se tait —
La France est à cent mètres. Quatre ans qu'ils l'ont pas vue.
Refrain
Ils étaient 177 ! Sur des milliers de soldats,
Les seuls à débarquer chez eux !
Ils étaient 177 ! Sword Beach, au petit matin !
Les seuls Français sur le sable de France !
Béret vert ! Fusil haut ! Kieffer en tête !
Ouistreham au bout du brouillard !
On ne libère bien que sa propre maison :
Ce matin-là, 177 hommes ont ouvert la porte !
Couplet 3
Une cornemuse hurle quelque part sur la plage,
Les commandos de Lovat marchent à leurs côtés,
Mais eux foncent au casino d'Ouistreham,
Bunker maquillé en souvenir de vacances.
Grenades aux soupiraux, l'acier contre l'acier,
Et des volets s'entrouvrent sur des yeux incrédules :
Des soldats qui parlent français ! Des nôtres ! Ils sont rentrés !
Des leurs resteront couchés dans ce matin —
Mais pas leurs noms : la France les a comptés.
Refrain
Ils étaient 177 ! Sur des milliers de soldats,
Les seuls à débarquer chez eux !
Ils étaient 177 ! Sword Beach, au petit matin !
Les seuls Français sur le sable de France !
Béret vert ! Fusil haut ! Kieffer en tête !
Ouistreham au bout du brouillard !
On ne libère bien que sa propre maison :
Ce matin-là, 177 hommes ont ouvert la porte !
Chœurs de guerre
Un-sept-sept ! — On était chez nous !
Un-sept-sept ! — Debout chez nous !
Béret vert ! — Sur le sable !
La porte ! — Ouverte !
Instrumental · solo de guitare, cornemuse et tambours de guerre
Couplet 4
Le jour même ils font la jonction aux ponts,
Pegasus Bridge tenu par les planeurs anglais,
Et ce n'est que le début : soixante-dix-huit jours
De combats sans relève dans la poussière normande.
De Ouistreham aux Pays-Bas, ils iront jusqu'au bout,
Le béret vert français gagnera ses légendes —
Et leurs héritiers le portent encore aujourd'hui :
Les commandos marine, ceux qui veillent dans l'ombre.
Toi qui rêves de compter un jour pour quelque chose :
On n'était pas des milliers ce matin-là. On était 177.
Il n'a jamais fallu être nombreux. Il a fallu être prêts.