Le Premier

Date
6 juin 1944, 0 h 40
Lieu
Plumelec, Morbihan
Coordonnées
47,84° N · 2,64° O
Événement
Émile Bouétard, nuit du 5 au 6 juin 1944

Avant les plages, il y a eu une lande bretonne, la nuit, et dix-huit parachutistes.

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L'histoire · 13 min de lecture

L'histoire derrière « Le Premier »

Le débarquement ne commence pas sur les plages. Dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, des parachutistes SAS de la France Libre sautent sur la Bretagne pour y lever les maquis. Près de Plumelec, dans le Morbihan, le caporal Émile Bouétard, marin de Pleudihen-sur-Rance, est tué peu après l'atterrissage. Il est considéré comme le premier Français tombé le Jour J.

011915 – 1942Pleudihen-sur-Rance

Un marin de la Rance

Émile Bouétard naît le 4 septembre 1915 à Pleudihen-sur-Rance, dans les Côtes-du-Nord (aujourd'hui Côtes-d'Armor), un bourg posé sur la rive de la Rance entre Dinan et Saint-Malo. Ses parents sont agriculteurs ; il est le sixième de sept enfants. Selon la biographie publiée par sa commune, il obtient son certificat d'études en 1928, travaille un temps à la ferme, puis choisit la mer, comme beaucoup de garçons de ce coin de Bretagne tourné vers le large.

Il navigue dans la marine marchande, notamment à la Compagnie générale transatlantique à partir de 1934, fait son service militaire dans la Marine de 1935 à 1938, puis repart au long cours. En 1939, la guerre le rappelle sous l'uniforme de matelot. Après l'armistice de juin 1940, il rentre à Pleudihen, désormais en zone occupée. Le ministère des Armées résume son état d'esprit d'une formule sobre : il « n'accepte pas la défaite ».

Le 24 janvier 1942, il quitte son village. Le chemin vers la France Libre est long et détourné : Marseille, puis Casablanca, puis les États-Unis. D'après la commune de Pleudihen, il quitte son navire à La Nouvelle-Orléans pour poursuivre sa route vers la Grande-Bretagne, où il arrive en janvier 1943, un an après son départ. Il a vingt-sept ans.

021943 – 1944Camberley, Écosse

Les parachutistes de la France Libre

En Angleterre, Émile Bouétard s'engage d'abord, avec un camarade, dans les Forces navales françaises libres, ce qui est logique pour un marin. Mais on cherche des volontaires pour les parachutistes. Il se porte candidat et rejoint les Forces aériennes françaises libres le 25 février 1943. Il est affecté au 4e bataillon d'infanterie de l'air, cantonné à Camberley, au sud-ouest de Londres. Le ministère des Armées rapporte qu'il voyait là le meilleur moyen d'arriver parmi les premiers en France.

Ces parachutistes ont une histoire déjà riche. Dès septembre 1940, le général de Gaulle a créé une unité parachutiste confiée au capitaine Georges Bergé. En mars 1941, Bergé saute près d'Elven, dans le Morbihan, pour l'une des toutes premières missions de la France Libre sur le sol national. Partie ensuite au Moyen-Orient, la compagnie est intégrée début 1942 au Special Air Service, l'unité britannique de raids fondée par David Stirling, dont la devise est « Who Dares Wins », « Qui ose gagne ». Les SAS français participent aux raids contre les aérodromes de l'Axe en Libye.

En 1943, les vétérans reviennent en Angleterre encadrer de nouveaux volontaires. Deux bataillons français sont formés, les 3e et 4e bataillons d'infanterie de l'air, qui deviennent au sein de la brigade SAS les 3rd et 4th SAS, puis les 3e et 2e régiments de chasseurs parachutistes. Le 4e est commandé à partir de novembre 1943 par le commandant Pierre-Louis Bourgoin, un ancien instituteur et chasseur né en Algérie, Compagnon de la Libération, qui a perdu le bras droit lors d'une mission de commando en Tunisie en février 1943. Le bataillon compte de nombreux Bretons, sans être exclusivement breton.

L'hiver 1943-1944 se passe en Écosse : marches de nuit, orientation, embuscades, sabotage, mines et pièges. Bouétard, blessé à l'épaule pendant sa formation selon France 24, refuse d'être écarté. À vingt-huit ans, il est plus âgé que la plupart de ses camarades, qui le surnomment le « vieux ». Dans une lettre citée par son biographe, il écrit une phrase qui dit l'état d'esprit de ces volontaires.

« Nous n'avons pas peur car nous sommes là pour venger tous les crimes. »
Émile Bouétard, lettre citée par France 24, juin 2014
Archive · Fig. 01Parachutistes SAS de la France libre en Tunisie, début 1943 : les premiers Français du Special Air Service.Imperial War Museum (NA 674), domaine public · source
0 h 40heure de la mort la plus souvent retenue
18parachutistes du 4e SAS largués près de Plumelec
18 juin 1944bataille du maquis de Saint-Marcel
77parachutistes SAS nommés au mémorial de Plumelec
03Juin 1944Bretagne

Fixer la Bretagne

Pourquoi des parachutistes en Bretagne, alors que le débarquement doit avoir lieu en Normandie ? Parce que la péninsule abrite d'importantes forces allemandes, environ 150 000 hommes selon le ministère des Armées, susceptibles de se porter rapidement vers le front. Le plan allié confie aux SAS français la mission de les retenir sur place : armer et encadrer la Résistance bretonne, couper les voies ferrées et les lignes téléphoniques, harceler les colonnes.

Deux bases doivent être implantées dès la veille du Jour J. La première, Samwest, dans la forêt de Duault, dans les Côtes-du-Nord, est confiée aux lieutenants Botella et Deschamps. La seconde, Dingson, dans le Morbihan, revient aux lieutenants Pierre Marienne et Deplante. Chaque base reçoit deux sticks, c'est-à-dire deux groupes sautant du même avion. Les sources parlent de sticks de huit ou de neuf hommes ; pour Dingson, dix-huit parachutistes sont largués cette nuit-là au-dessus du secteur de Plumelec.

La Résistance du Morbihan est prête. Depuis 1943, la ferme de la Nouette, près de Saint-Marcel, sert de terrain de parachutage sous le nom de code « Baleine ». Le 5 juin, Londres déclenche par messages radio les plans de sabotage et de guérilla ; dans le Morbihan, le colonel Morice ordonne la mobilisation des FFI.

Dans la nuit du 5 au 6 juin, des quadrimoteurs Short Stirling décollent de Fairford, dans le Gloucestershire, avec à leur bord trente-six parachutistes français répartis en quatre sticks. Émile Bouétard fait partie de celui du lieutenant Marienne.

04Nuit du 5 au 6 juin 1944Plumelec

L'accrochage du Halliguen

Le stick Marienne touche le sol à environ deux kilomètres de la zone prévue, près du hameau du Halliguen, en Plumelec. Le hasard est cruel : non loin se dresse le moulin de la Grée, sur une hauteur où les Allemands ont installé un poste d'observation. Le parachutage a été repéré. Le poste est tenu par des supplétifs venus de l'Est et engagés dans l'armée allemande, des Géorgiens selon la plupart des sources, la Fondation de la France Libre évoquant un régiment géorgien, des Ukrainiens selon d'autres.

Pendant qu'une partie du groupe cherche dans l'obscurité les containers de matériel dispersés, Bouétard reste auprès des trois hommes de l'équipe radio, que Marienne lui a demandé de protéger, selon le récit recueilli par France 24 auprès de l'historien François Souquet, son biographe. Les soldats ennemis arrivent rapidement. L'échange de tirs tourne au désavantage des parachutistes. Bouétard est touché à l'épaule ; blessé, il est achevé sur place. Le ministère des Armées écrit qu'il a été « sommairement assassiné entre 0 heure 40 et 1 heure 30 du matin ».

Les trois radios sont capturés, ce que confirment le site Chemins de mémoire et l'Ordre de la Libération. Les autres membres des deux sticks parviennent à s'échapper. Le stick du lieutenant Deplante a été largué plus loin, près de Guéhenno. Pierre Marienne rejoint des résistants dès le lendemain matin, et les parachutistes gagnent la Nouette, qui devient la base Dingson.

L'heure de 0 h 40, gravée sur la stèle de Pleudihen, est la plus souvent citée. Elle doit être lue avec prudence : les témoignages divergent, et les heures de l'époque ne se comparent pas facilement entre elles, puisque la France occupée vivait à l'heure allemande, l'Angleterre à sa double heure d'été, et les campagnes souvent encore à l'heure solaire.

056 juin 1944Plumelec et Bénouville

Considéré comme le premier Français tombé

À l'heure où Émile Bouétard meurt dans la lande bretonne, la grande opération aéroportée alliée commence en Normandie. Peu après minuit, des planeurs britanniques se posent près du pont de Bénouville, sur le canal de Caen à la mer, le futur Pegasus Bridge. Le lieutenant Den Brotheridge y est mortellement blessé pendant l'assaut et le lance-caporal Fred Greenhalgh meurt noyé à l'atterrissage de son planeur, entre 0 h 15 et 0 h 30 environ.

D'où un débat ancien sur le « premier mort » du Jour J. Certaines inscriptions et de nombreux articles ont fait de Bouétard le premier mort de toutes les troupes alliées. Les historiens des SAS sont plus nuancés. David Portier, cité par France 24 en 2014, estime qu'en heure alliée Bouétard serait mort vers 1 h 30, après les deux Britanniques, et ajoute que cela n'enlève rien à son courage. Le ministère des Armées retient aujourd'hui une formule claire : il est le premier mort français de l'opération Overlord, et le troisième des forces alliées.

C'est cette formulation que l'on retiendra ici. Émile Bouétard est considéré comme le premier Français tombé le Jour J, et il est tombé en Bretagne, à plus de deux cents kilomètres des plages, quelques heures avant que les premières barges n'abordent Utah, Omaha, Gold, Juno et Sword.

066 – 18 juin 1944Saint-Marcel

La Nouette et la bataille de Saint-Marcel

Dès le 6 juin, les chefs de la Résistance du Morbihan se regroupent à la Nouette. Dès le lendemain, les volontaires affluent, parmi lesquels de nombreuses femmes. Dans la nuit du 7 au 8 juin, d'autres petites équipes du 4e SAS sont parachutées dans toute la Bretagne pour saboter les voies ferrées ; ce sont les missions dites « Cooney ».

Dans la nuit du 10 au 11 juin, le commandant Bourgoin saute à son tour près de Saint-Marcel avec des renforts, malgré son bras amputé. Au total, environ 160 parachutistes du 4e SAS rejoignent la base dans les jours qui suivent, d'après le discours prononcé à Plumelec en 2024. Les avions britanniques multiplient les largages d'armes : Chemins de mémoire mentionne environ 700 containers dans la seule nuit du 13 au 14 juin. Selon la Fondation de la France Libre, les bases Samwest et Dingson arment et forment au total quelque 10 000 résistants, dont environ 8 000 autour de Dingson.

Le camp devient trop visible. Bourgoin préfère la guérilla aux batailles rangées, mais les Allemands frappent les premiers. Le 18 juin 1944, quatre ans jour pour jour après l'appel du général de Gaulle, ils attaquent le maquis de Saint-Marcel. Les estimations des effectifs français varient selon les sources : environ 2 400 résistants et parachutistes d'après Chemins de mémoire, jusqu'à 3 000 ou 3 500 selon d'autres. Les assaillants seraient deux fois plus nombreux et mieux armés.

Le matin, deux attaques successives sont repoussées. L'après-midi, renforcés notamment par des parachutistes allemands, les assaillants reviennent ; la Royal Air Force intervient pour les freiner, la ferme du Bois-Joly est prise puis reprise. Pierre Marienne est blessé à la tête. Le soir, Bourgoin et le colonel Morice ordonnent le décrochage et la dispersion. Munitions et explosifs sont détruits, et les combattants se fondent dans la campagne pendant la nuit. Le 19 juin, les Allemands occupent le camp.

Le bilan donné par Chemins de mémoire fait état, côté français, d'une trentaine de tués, d'une soixantaine de blessés et d'une quinzaine de prisonniers. Les pertes allemandes, plus difficiles à établir, sont estimées entre 300 et 500 hommes. Les représailles sont terribles : maquisards, parachutistes et civils sont traqués et exécutés, le bourg et les fermes de Saint-Marcel sont détruits, les châteaux de Sainte-Geneviève et des Hardys-Béhélec incendiés à la fin du mois.

Lieu de mémoire · Fig. 02Le monument de la Résistance bretonne, sur le site du maquis de Saint-Marcel où SAS et FFI combattirent le 18 juin 1944.Photo Fab5669, CC BY 4.0 · source
07Juillet – août 1944Morbihan

Kérihuel, puis la libération

La dispersion n'est pas une défaite. Répartis en petits groupes, les SAS et les FFI poursuivent le harcèlement des arrières allemands. Pierre Marienne, devenu capitaine, prend le commandement d'un groupe de parachutistes et de maquisards dans le secteur de Callac.

Le 12 juillet 1944, il est surpris avec ses hommes dans une ferme du village de Kérihuel, en Plumelec, par des miliciens et des Allemands. Selon l'Ordre de la Libération, il est abattu avec le lieutenant François Martin, cinq autres parachutistes et onze patriotes bretons. Il est fait Compagnon de la Libération à titre posthume en décembre 1944 et repose au cimetière de Plumelec, à quelques kilomètres du champ où Émile Bouétard était tombé cinq semaines plus tôt.

Début août, la percée américaine à Avranches ouvre la Bretagne. Les FFI, épaulés par les SAS, libèrent une grande partie de la région aux côtés des troupes américaines, tandis que les Allemands se replient dans les poches de Brest, Lorient et Saint-Nazaire. Le prix payé est lourd : d'après Chemins de mémoire, le 4e SAS compte en Bretagne 79 tués, 172 blessés et 17 prisonniers sur 395 hommes engagés. Le drapeau du 2e régiment de chasseurs parachutistes est fait Compagnon de la Libération.

Archive · Fig. 03À Tarbes, le 2 octobre 1945, les parachutistes SAS français, dont le 4e SAS devenu 2e RCP, repassent sous commandement français.Imperial War Museum (B 15783), domaine public · source
08Depuis 1944Plumelec, Pleudihen, Saint-Marcel

Les lieux de la mémoire

Émile Bouétard repose dans sa commune natale, Pleudihen-sur-Rance. Plusieurs lieux portent aujourd'hui son souvenir. Le 8 juin 1980, une stèle est inaugurée au Halliguen, près de l'endroit où il est tombé. Le 21 octobre 1984, une autre est élevée à Pleudihen, au lieu-dit la Ville-Jean, au bord de la route de Dinan ; elle porte l'heure de 0 h 40. En 1994, pour le cinquantième anniversaire du Débarquement, Plumelec inaugure la place du Caporal-Émile-Bouétard. Une rue de Plouguernével porte aussi son nom depuis 2009.

Au moulin de la Grée, sur la hauteur d'où les Allemands avaient repéré le parachutage, se dresse depuis 1989 le mémorial des parachutistes SAS de la France Libre. Il porte les noms de soixante-dix-sept parachutistes morts en Bretagne, tués au combat, exécutés ou morts de leurs blessures. Le nom de Bouétard y figure, comme sur la plaque des parachutistes du monument aux morts de la commune. Pierre-Louis Bourgoin, mort en 1970, a choisi d'être inhumé à Plumelec, auprès de ses hommes.

Chaque année, autour du 5 juin, des cérémonies réunissent à Plumelec anciens et actuels parachutistes, élus et habitants. Le 5 juin 2014, le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian s'y est incliné devant la stèle de Bouétard. Le 5 juin 2024, pour le 80e anniversaire, le président de la République y a rendu hommage aux SAS et à la Résistance bretonne, en présence d'Achille Muller, l'un des derniers vétérans SAS de la France Libre. À Pleudihen, la commune honore chaque 18 juin la mémoire de ses enfants qui ont rejoint la France Libre.

Pour comprendre l'ensemble de l'histoire, le musée de la Résistance en Bretagne, à Saint-Marcel, se visite sur le site même des combats du 18 juin 1944. Entièrement reconstruit, il a rouvert ses portes en septembre 2021. Il retrace l'Occupation, la naissance des maquis bretons, la bataille de Saint-Marcel et la participation des Bretons à la Libération. Le musée, le moulin de la Grée, la stèle du Halliguen et Kérihuel se trouvent à quelques dizaines de kilomètres les uns des autres et peuvent se visiter dans la même journée.

Lieu de mémoire · Fig. 04À Pleudihen-sur-Rance, le mémorial dédié au caporal Émile Bouétard, enfant du pays tombé à Plumelec dans la nuit du 5 au 6 juin 1944.Photo Emeltet, CC BY-SA 4.0 · source
09Aujourd'huiPlumelec

Ce que chante « Le Premier »

La chanson « Le Premier » part d'un renversement simple : le Jour J n'a pas commencé sur le sable, mais la nuit, dans un champ du Morbihan. Elle reprend les faits établis, les dix-huit parachutistes, le stick de neuf hommes, le caporal de Pleudihen, l'heure de 0 h 40 la plus souvent retenue, la devise « Qui ose gagne », la bataille de Saint-Marcel le 18 juin. Elle dit « premier Français » et ne revendique jamais le titre de premier mort allié, qui reste discuté. Quand elle le montre tombant en couvrant ses frères, elle rejoint le récit selon lequel il protégeait l'équipe radio.

Elle dialogue avec deux autres titres du volume. « Ils étaient 177 » raconte le même 6 juin vu de Sword Beach, avec les Français libres du commando Kieffer. « Le Quart de la France » raconte une autre Bretagne, celle des hommes de l'île de Sein partis rejoindre de Gaulle en juin 1940. Entre les deux, Émile Bouétard, marin de la Rance parti par l'Amérique pour revenir par le ciel, rappelle que la Libération a commencé par un saut dans la nuit.

Les paroles

Rock celtique sombre, caisse claire militaire, cornemuse au final
Couplet 1

On vous a raconté les plages au matin,

Omaha sous le feu, les barges et l'écume —

Mais le Jour J n'a pas commencé sur le sable :

Il a commencé la nuit, dans un champ de Bretagne.

Zéro heure quarante, près de Plumelec,

Des corolles de soie tombent sur le bocage,

Neuf éclaireurs de la France Libre touchent le sol —

Et le premier Français tombé du Débarquement

sera un gars de chez nous, en terre de chez nous.

Couplet 2

Il était fils de la Rance, marin avant la guerre,

Pleudihen son village, la mer son premier maître,

Il aurait pu attendre, il aurait pu se taire —

Il a choisi Londres, les armes et la nuit.

Du 4e SAS, bataillon de Bretons,

Entraînés en Écosse à sauter dans le noir,

Leur devise tient en trois mots : Qui ose gagne —

Et cette nuit, l'audace a rendez-vous avec l'Histoire.

Refrain

Émile Bouétard, caporal de Pleudihen !

Fils de la Rance, parachutiste de Londres !

Le premier sang du Jour J fut breton,

Versé en Bretagne, pour la France, à minuit quarante !

Qui ose gagne ! — c'était leur devise !

Il a osé le premier, il est tombé le premier !

Quand on te dira « le 6 juin » — pense aussi

Au champ de Plumelec, avant les plages, avant le jour !

Couplet 3

L'accrochage éclate à peine au sol,

Une patrouille ennemie, le feu dans les fougères,

Il tombe en couvrant ses frères d'envol —

Premier mort français du plus long des jours.

Et pendant qu'il s'éteint dans l'herbe du Morbihan,

Des centaines de planeurs traversent la Manche,

Pegasus Bridge, Sainte-Mère-Église, l'océan —

La plus grande armada vient prendre sa revanche.

Refrain

Émile Bouétard, caporal de Pleudihen !

Fils de la Rance, parachutiste de Londres !

Le premier sang du Jour J fut breton,

Versé en Bretagne, pour la France, à minuit quarante !

Qui ose gagne ! — c'était leur devise !

Il a osé le premier, il est tombé le premier !

Quand on te dira « le 6 juin » — pense aussi

Au champ de Plumelec, avant les plages, avant le jour !

Chœurs de guerre

Qui ose — gagne !

Qui doute — regarde !

Qui tombe — premier

Ouvre — la marche !

Instrumental · guitare celtique et caisse claire, montée, cornemuse qui entre

Couplet 4

Ils étaient du 4e SAS, bérets de la France Libre,

Largués avant tout le monde pour allumer la Bretagne,

Couper les voies, lever les maquis, tenir —

Saint-Marcel s'embrasera douze jours plus tard :

Des milliers de maquisards, les armes parachutées,

Bourgoin le manchot sautant avec un seul bras —

Et le hasard a ses clins d'œil solennels :

La bataille du maquis eut lieu un 18 juin,

Quatre ans, jour pour jour, après l'Appel.

Toi qui attends toujours que d'autres commencent,

Toi qui veux bien suivre si quelqu'un se lance —

Quelqu'un doit toucher le sol en premier. Toujours.

Cette nuit-là, c'était lui. Demain, ce sera qui ?

Pont

Il n'a pas vu l'aube du plus long des jours.

Mais c'est lui qui l'a ouverte.

Refrain

Émile Bouétard, caporal de Pleudihen !

Fils de la Rance, parachutiste de Londres !

Le premier sang du Jour J fut breton,

Versé en Bretagne, pour la France, à minuit quarante !

Qui ose gagne ! — c'était leur devise !

Il a osé le premier, il est tombé le premier !

Quand on te dira « le 6 juin » — pense aussi

Au champ de Plumelec, avant les plages, avant le jour !

Final

Qui ose gagne ! Qui ose gagne !

Le premier pas de la Libération

s'est posé dans l'herbe du Morbihan !

Paroles © 18:30 · reproduction interdite sans autorisation