Quoi qu'il arrive

Date
18 juin 1940
Lieu
Studio 4B, BBC, Broadcasting House
Coordonnées
51,519° N · 0,144° O
Événement
L'Appel du 18 juin 1940

Un général de quarante-neuf ans entre dans un studio de la BBC. Il n'a ni troupes ni gouvernement. Il a un micro.

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L'histoire · 13 min de lecture

L'histoire derrière « Quoi qu'il arrive »

Le 18 juin 1940, un général de 49 ans presque inconnu lit un court texte au micro de la BBC, depuis le studio 4B de Broadcasting House, à Londres. Pétain vient de demander l'armistice. Peu de Français l'entendent, et aucun enregistrement n'en a été gardé. Voici l'histoire vraie de l'Appel du 18 juin : son contexte, son texte réel, ses premiers auditeurs et sa mémoire.

0110 mai – 16 juin 1940France

Cinq semaines d'effondrement

Le 10 mai 1940, l'armée allemande passe à l'offensive à l'ouest. En quelques jours, ses divisions blindées franchissent la Meuse près de Sedan et foncent vers la Manche. Les armées alliées engagées en Belgique se retrouvent coupées du reste du front. Entre la fin mai et le début juin, plus de 300 000 soldats, en majorité britanniques mais aussi français, sont évacués par la mer depuis Dunkerque. Sur les routes, des millions de civils fuient vers le sud : c'est l'exode.

Charles de Gaulle a 49 ans. Né à Lille en novembre 1890, officier de la Grande Guerre, il défend depuis les années 1930 l'emploi massif des chars, encore en janvier 1940 dans un mémorandum adressé à des responsables militaires et politiques. Le 11 mai, il reçoit le commandement de la 4e division cuirassée, qu'il engage dans des contre-attaques à Montcornet, puis devant Abbeville. Promu général de brigade à titre temporaire, il entre début juin au gouvernement de Paul Reynaud comme sous-secrétaire d'État à la Guerre et à la Défense nationale. Sa mission prioritaire : obtenir de Londres le soutien maximal pour continuer la guerre.

Le 10 juin, le gouvernement quitte Paris. La capitale, déclarée ville ouverte, est occupée le 14 juin. Les ministres se replient à Bordeaux. Au sein du gouvernement, deux camps s'affrontent : ceux qui, autour de Reynaud, veulent poursuivre la lutte depuis l'Afrique du Nord et l'Empire, et ceux qui, autour du maréchal Pétain et du général Weygand, commandant en chef, réclament l'arrêt des combats. Le 16 juin, de Gaulle est à Londres, où il transmet par téléphone à Reynaud le projet d'union franco-britannique soutenu par Churchill. Le soir même, de retour à Bordeaux, il apprend que Reynaud a démissionné. Le président Albert Lebrun appelle Pétain, 84 ans, à former le gouvernement.

0217 juin 1940Bordeaux – Londres

Pétain demande l'armistice

Le 17 juin au matin, vers 9 h 30, de Gaulle décolle de l'aérodrome de Mérignac, près de Bordeaux, à bord de l'avion britannique du général Edward Spears, représentant de Churchill auprès du gouvernement français. Il est accompagné de son officier d'ordonnance, le lieutenant Geoffroy Chodron de Courcel. Le récit de ce départ diffère selon les témoins : Spears a raconté une sorte d'enlèvement mis en scène, version que de Gaulle et Courcel ont toujours rejetée. L'appareil fait escale à Jersey pour se ravitailler avant de gagner l'Angleterre.

Pendant ce vol, vers 12 h 30, la voix du maréchal Pétain passe à la radio française. Le nouveau chef du gouvernement annonce qu'il a fait demander à l'adversaire les conditions d'un arrêt des hostilités. Des millions de Français entendent ces mots, souvent sur les routes de l'exode ou dans les casernes en déroute.

« C'est le cœur serré que je vous dis aujourd'hui qu'il faut cesser le combat. »
Philippe Pétain, message radiodiffusé, 17 juin 1940

Dans l'après-midi, à Londres, de Gaulle est reçu par Winston Churchill. Il lui expose son projet : maintenir la France dans la guerre, quoi que décide le gouvernement de Bordeaux, et pouvoir le dire aux Français par la radio. Churchill donne son accord de principe et met la BBC à sa disposition. Ce soutien n'a rien d'officiel. Comme le rappelle Géraud Létang, chercheur au Service historique de la Défense, l'Appel se déroule « en dehors de toute procédure » : de Gaulle n'a aucun statut juridique ni diplomatique au Royaume-Uni, et Churchill ne veut pas rompre avec Pétain tant que l'armistice n'est pas signé.

22 hheure de diffusion sur la BBC, heure de Londres
0enregistrement sonore conservé du 18 juin
≈ 7 000Français libres à la fin de juillet 1940
2005inscription au registre Mémoire du monde de l'UNESCO
0318 juin 1940Londres

Une journée de tractations

Le 18 juin, de Gaulle travaille à son texte, dont il a jeté un premier brouillon dès le 17 au petit matin, à Bordeaux. Dans l'après-midi, une jeune Française de Londres, Élisabeth de Miribel, le dactylographie dans l'appartement où le général loge avec Courcel. Le texte part chez le ministre britannique de l'Information, Alfred Duff Cooper, qui le transmet à Churchill.

Côté britannique, la partie n'est pas gagnée. Selon Chemins de mémoire, le cabinet de guerre, réuni à partir de 12 h 30, s'oppose d'abord à la diffusion. Plusieurs ministres, dont le ministre des Affaires étrangères Lord Halifax, craignent de froisser le gouvernement Pétain au moment où se joue le sort de la flotte française, l'une des plus puissantes du monde, que Londres redoute de voir tomber aux mains de l'Allemagne. Churchill, appuyé par Spears, doit peser de tout son poids pour obtenir que de Gaulle puisse parler.

Le prix de cet accord est une concession de texte. Le brouillon du général s'ouvrait sur une attaque directe : les chefs militaires devenus gouvernement s'étaient « mis en rapport avec l'ennemi ». Les Britanniques obtiennent que cette entrée en matière soit adoucie au micro. Le même après-midi, Churchill prononce aux Communes le grand discours dans lequel il annonce que la bataille de France est finie et que la bataille d'Angleterre va commencer.

Archive · Fig. 01Le général de Gaulle à son bureau, à Londres, aux premiers temps de la France Libre.Imperial War Museum (D 1966), domaine public · source
0418 juin 1940Studio 4B, BBC

Une voix sur les ondes

En fin d'après-midi, vers 18 h, de Gaulle arrive à Broadcasting House, le siège de la BBC, accompagné de Courcel. Il est conduit au studio 4B, au quatrième étage. Il lit son texte devant le micro. Le discours est diffusé à 22 h, heure de Londres, à la fin du bulletin d'information. Les sources ne s'accordent pas sur tous les horaires : certaines mentionnent une annonce au programme pour 20 h 15, d'autres une diffusion dès 20 h. La version la plus couramment retenue, celle du ministère des Armées et de la Fondation Charles de Gaulle, est une lecture vers 18 h et une diffusion à 22 h.

À l'époque, la BBC émet en français en ondes moyennes et en ondes courtes. Le message dure quelques minutes, environ 350 mots. Il ne nie pas la défaite militaire : il l'explique par la force mécanique de l'ennemi, ses chars, ses avions, sa tactique. Puis il élargit le regard. La France a un vaste Empire, elle peut faire bloc avec l'Empire britannique qui tient la mer, utiliser l'immense industrie des États-Unis. Cette guerre n'est pas tranchée par la bataille de France : c'est une guerre mondiale. Vient alors l'invitation, adressée très concrètement aux militaires et aux spécialistes des industries d'armement présents en Grande-Bretagne.

« Moi, général de Gaulle, actuellement à Londres, j'invite les officiers et les soldats français, qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver, avec leurs armes ou sans leurs armes, […] à se mettre en rapport avec moi. »
Charles de Gaulle, BBC, 18 juin 1940

Le texte se termine par la phrase qui a donné son titre à la chanson, suivie d'une promesse : « Demain comme aujourd'hui, je parlerai à la radio de Londres. »

« Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas. »
Charles de Gaulle, BBC, 18 juin 1940

La BBC n'enregistre pas l'allocution. Elle la considère alors comme une émission spéciale unique, un « one shot » selon l'expression de Géraud Létang. Il n'existe donc aucun enregistrement sonore de l'Appel du 18 juin. Les photographies du général devant un micro de la BBC, souvent utilisées pour l'illustrer, ne semblent pas avoir été prises ce soir-là.

05Juin 1940Les versions du texte

Ce que dit vraiment l'Appel

Le texte que l'on apprend à l'école et qui figure dans les Mémoires de guerre commence par « Les chefs qui, depuis de nombreuses années, sont à la tête des armées françaises, ont formé un gouvernement. » Ce n'est pas exactement ce qu'ont entendu les auditeurs du 18 juin. La version publiée le lendemain par la presse britannique, issue du ministère de l'Information, puis reprise dans le Bulletin officiel des Forces françaises libres du 15 août 1940 et dans les recueils de discours, restitue le projet initial du général.

La version réellement prononcée nous est connue autrement. Le service d'écoute de l'armée suisse a capté l'émission et en a établi une transcription en allemand, publiée dans son bulletin du 19 juin au matin ; elle a été retrouvée par le notaire Jacques Fourmy et l'historien suisse Christian Rossé. Quelques journaux du sud de la France l'ont aussi publiée. Le début y est nettement plus mesuré envers Bordeaux : le gouvernement français, y dit de Gaulle, a demandé à l'ennemi à quelles conditions honorables un cessez-le-feu était possible, et a déclaré que si ces conditions étaient contraires à l'honneur, la dignité et l'indépendance de la France, la lutte devait continuer.

Le cœur du message, lui, ne varie pas : la guerre mondiale, l'appel aux militaires et aux ouvriers de l'armement, la flamme de la résistance. Contrairement à une idée répandue, l'Appel n'est pas un appel à créer des réseaux clandestins en France. C'est un appel de soldat, lancé à ceux qui peuvent rejoindre l'Angleterre pour continuer à se battre. L'historien François Delpla a montré qu'il existait, dès les 16, 17 et 18 juin, plusieurs états de ce texte.

Il faut enfin distinguer l'Appel de l'affiche « À tous les Français », placardée à Londres au début d'août 1940. La célèbre phrase « La France a perdu une bataille ! Mais la France n'a pas perdu la guerre ! » vient de l'affiche, pas du discours du 18 juin.

Archive · Fig. 02En Angleterre, des Français lisent l'affiche "À tous les Français", placardée à partir de l'été 1940.Office of War Information / National Museum of the U.S. Navy, domaine public · source
0619 – 22 juin 1940France – Angleterre

Qui a entendu l'Appel ?

Très peu de Français ont entendu l'Appel en direct. Le 18 juin au soir, l'armée se replie ou se bat encore, des millions de civils sont sur les routes, et le nom de De Gaulle est inconnu de la plupart. Les Français déjà présents en Angleterre ignorent souvent qu'il s'y trouve. Élisabeth de Miribel, qui avait tapé le texte l'après-midi même, a raconté ne pas l'avoir écouté ce soir-là. Plusieurs personnalités ont affirmé plus tard l'avoir entendu le 18 juin au soir, comme Léon Blum, Pierre Mendès France ou Maurice Schumann ; les historiens accueillent certains de ces souvenirs avec prudence.

Le texte se diffuse surtout par l'écrit. Le 19 juin, le Times et le Daily Express publient la version du ministère de l'Information. En France, Le Petit Provençal à Marseille le publie en une, d'autres journaux comme Le Petit Marseillais ou Le Progrès le reprennent. L'information est relayée à l'étranger, de New York à Shanghai. Le bouche-à-oreille fait le reste.

Le 22 juin, l'armistice est signé à Rethondes, dans la clairière où l'Allemagne avait signé celui de novembre 1918. Ce jour-là, de Gaulle reprend le micro de la BBC. Ce second discours, plus argumenté, est enregistré, et c'est lui que l'on entend presque toujours dans les documentaires présentés comme « l'Appel du 18 juin ». Sur l'île de Sein, selon le musée de l'Ordre de la Libération, c'est ce discours du 22 juin qu'une partie des habitants écoute et qui provoque le départ d'un grand nombre d'hommes vers l'Angleterre.

En 2023, le journal Le Monde et l'Ircam ont proposé une reconstitution sonore de l'Appel du 18 juin, réalisée par intelligence artificielle à partir de la voix du comédien François Morel et d'enregistrements postérieurs du général. C'est une reconstitution, pas un document d'époque.

07Juin – août 1940Londres

Les premiers Français libres

Les premiers volontaires arrivent par petits groupes : soldats et légionnaires rentrés de l'expédition de Norvège et stationnés dans des camps anglais, aviateurs, marins de navires réfugiés dans les ports britanniques, jeunes gens passés par l'Espagne ou par la mer. Les plus nombreux, à l'échelle d'une commune, sont les hommes de l'île de Sein : selon l'Ordre de la Libération, 128 Sénans quittent l'île pour l'Angleterre dans les jours qui suivent. Regroupés à Londres avec d'autres volontaires, ils sont passés en revue par de Gaulle. L'île recevra la croix de la Libération le 1er janvier 1946 ; elle sera la dernière des cinq communes Compagnon de la Libération, avec Paris, Nantes, Grenoble et Vassieux-en-Vercors.

Le 28 juin, le gouvernement britannique reconnaît de Gaulle comme « chef de tous les Français libres ». Le lendemain, le juriste René Cassin le rejoint à Londres ; il préparera l'accord franco-britannique signé le 7 août, qui fait des Forces françaises libres une armée à part entière, financée par la Grande-Bretagne contre remboursement après la guerre. Le 1er juillet, l'amiral Muselier crée les Forces navales françaises libres. Le 14 juillet, de Gaulle passe en revue à Londres un détachement de ses troupes. À la fin de juillet, la France Libre compte environ 7 000 hommes, civils compris selon certaines sources.

Au début d'août, l'affiche « À tous les Français », rédigée au 4, Carlton Gardens, le nouveau quartier général de la France Libre, apparaît sur les murs de Londres puis d'autres villes anglaises : le 3 août selon le Musée de l'Armée, le 5 selon d'autres sources. Elle synthétise les discours de juin et se montre plus dure envers le gouvernement de Pétain. Le 2 août, un tribunal militaire siégeant à Clermont-Ferrand a condamné de Gaulle à mort par contumace ; la nouvelle, publiée en une de journaux français, contribue paradoxalement à faire connaître son nom. Fin août, le Tchad devient la première colonie ralliée à la France Libre.

Archive · Fig. 0324 août 1940 : le roi George VI et le général de Gaulle passent en revue les premiers Français libres près d'Aldershot.Imperial War Museum (H 3277), domaine public · source
Archive · Fig. 04Londres, 1940 : des Français libres achètent "France", le quotidien en langue française publié dans la capitale britannique.Imperial War Museum (D 1722), domaine public · source
08Depuis 1941Mémoire

Un texte devenu monument

La commémoration commence dès le 18 juin 1941 : au Caire, de Gaulle fait de la date de son appel celle de la naissance de la France Libre, tandis qu'à Londres une manifestation réunit les Français de Grande-Bretagne. Le 18 juin 1945, le général allume au Mont-Valérien, à Suresnes, une flamme dans une vasque de bronze, en présence de Compagnons de la Libération. Sur ce lieu où plus de mille résistants et otages ont été fusillés pendant l'Occupation, il inaugure le 18 juin 1960 le Mémorial de la France combattante. C'est là que se tient chaque année, devant le chef de l'État, la cérémonie nationale : lecture du texte de l'Appel, ravivage de la flamme, Chant des partisans.

Depuis un décret du 10 mars 2006, pris à l'initiative de la Fondation de la France Libre, le 18 juin est la « Journée nationale commémorative de l'appel historique du général de Gaulle à refuser la défaite et à poursuivre le combat contre l'ennemi ». Une cérémonie a lieu ce jour-là dans de nombreuses communes, souvent sur une place ou dans une rue du 18-Juin, devant une reproduction de l'affiche de Londres.

En 2005, l'Appel du 18 juin 1940 a été inscrit au registre international Mémoire du monde de l'UNESCO, sur proposition conjointe de l'Institut national de l'audiovisuel et de la BBC. L'inscription réunit plusieurs documents complémentaires : selon le dossier, le manuscrit du texte du 18 juin, l'enregistrement de l'appel du 22 juin, le manuscrit de l'affiche et l'affiche elle-même. Le manuscrit autographe du 18 juin, deux feuillets recto verso couverts de ratures, longtemps conservé par la famille de Gaulle, a été remis aux Archives nationales le 12 juin 2025 ; il a été exposé à l'hôtel de Soubise avant de rejoindre l'armoire de fer.

À Londres, une plaque a été dévoilée à Broadcasting House en 2010, pour le 70e anniversaire. Au 4, Carlton Gardens, une plaque bleue rappelle le siège des Forces françaises libres, et une statue du général se dresse à proximité. Sur l'île de Sein, un monument aux Forces françaises libres, inauguré par de Gaulle en 1960, montre un jeune marin adossé à une croix de Lorraine.

Lieu de mémoire · Fig. 05Le 4, Carlton Gardens, à Londres, siège de la France Libre à partir de juillet 1940.ChrisO / Wikimedia Commons, domaine public · source
09Aujourd'huiLa chanson

Une voix dans le noir

« Quoi qu'il arrive » raconte cette soirée du 18 juin à hauteur d'homme : un général sans troupes, sans mandat, presque sans argent, qui n'a plus qu'une voix et un micro. La chanson arrondit son âge à cinquante ans et ne cite mot pour mot que la première phrase de son invitation, « Moi, général de Gaulle, actuellement à Londres… ». Elle reprend au refrain la phrase de l'affiche d'août 1940 et la situe à sa vraie place, après l'Appel, dans le pont. Elle n'oublie pas le discours du 22 juin, ni les pêcheurs de Sein, ni René Cassin.

C'est le premier titre du Volume I, parce que tout commence là. Deux mois plus tard, le Tchad répond à l'Appel et devient la première colonie ralliée : c'est l'histoire de « Jouer le jeu ». Et quatre-vingt-un ans plus tard, en 2021, s'éteint Hubert Germain, le dernier des Compagnons de la Libération, inhumé au Mont-Valérien : c'est « Le Dernier Compagnon », qui referme le cycle ouvert par une voix dans la nuit de juin 1940.

Les paroles

Hymne orchestral martial, piano sombre, tambours de guerre
Intro

Londres, 18 juin mille neuf cent quarante. Un général de cinquante ans que personne ne connaît

entre dans le studio 4B de la BBC. Il n'a plus rien — qu'une voix.

Écoute bien. C'est comme ça que commencent les légendes.

Couplet 1

Quatre jours que Paris est tombée,

Les routes de juin saignent vers le sud,

Un vieux maréchal a rendu l'épée,

Et Bordeaux courbe la nuque, et le ciel est muet.

Mais un homme a pris le dernier avion,

La France entière tenait dans sa valise,

Il n'a pas de troupes, pas de munitions —

Juste deux étoiles, et une guerre promise.

Couplet 2

« Moi, général de Gaulle, actuellement à Londres… »

Le micro tremble à peine, les mots tombent droit,

J'invite les officiers, les soldats de France,

Et l'onde courte porte plus loin que les rois.

Ce soir-là presque personne n'écoutait,

Les postes de radio pleuraient d'autres nouvelles —

Mais une phrase, ça franchit les frontières,

Recopiée à la main, de fidèle en fidèle.

Refrain

Quoi qu'il arrive — la flamme ne s'éteindra pas !

Quoi qu'il arrive — elle ne s'éteindra pas !

Nous avons perdu une bataille,

Nous n'avons pas perdu la guerre !

Debout, debout — il reste un drapeau à porter,

Debout, debout — tant qu'un seul refuse, rien n'est tombé !

Quoi qu'il arrive — souviens-toi de ce soir-là :

Tout a commencé par une voix dans le noir.

Couplet 3

Le 22 juin il revient au micro,

Car l'armistice est signé dans la clairière,

Et chaque soir qui suit, il reprend le flambeau :

La capitulation n'est pas une frontière.

Un étudiant traverse l'Espagne à pied,

Un pêcheur met le cap au nord sans carte marine,

Un juriste nommé Cassin vient s'engager —

Goutte à goutte, une armée se dessine.

Refrain

Quoi qu'il arrive — la flamme ne s'éteindra pas !

Quoi qu'il arrive — elle ne s'éteindra pas !

Nous avons perdu une bataille,

Nous n'avons pas perdu la guerre !

Debout, debout — il reste un drapeau à porter,

Debout, debout — tant qu'un seul refuse, rien n'est tombé !

Quoi qu'il arrive — souviens-toi de ce soir-là :

Tout a commencé par une voix dans le noir.

Chœurs de guerre

La flamme ! — Ne s'éteindra pas !

La flamme ! — Ne s'éteindra jamais !

La France ! — Se battra !

La France ! — Vaincra !

Instrumental · tambours et cuivres, montée de charge

Couplet 4

Ils seront sept mille au premier été,

Pêcheurs de Sein, cadets, soldats sans armée,

Sept mille contre un continent tombé —

Mais l'Histoire ne compte pas les hommes : elle les pèse.

Et toi qui m'écoutes quand tout semble perdu,

Toi qui crois que ton heure est trop sombre pour vaincre —

Rappelle-toi de Gaulle, seul, dans un studio nu :

Un seul refus suffit à retourner l'Histoire.

Pont

Sur les murs de Londres, en lettres tricolores,

Une affiche bientôt : « À tous les Français » —

La croix de Lorraine se lève dans l'aurore,

Et ceux qui l'ont entendue ne se sont plus couchés.

Refrain

Quoi qu'il arrive — la flamme ne s'éteindra pas !

Quoi qu'il arrive — elle ne s'éteindra pas !

Nous avons perdu une bataille,

Nous n'avons pas perdu la guerre !

Debout, debout — il reste un drapeau à porter,

Debout, debout — tant qu'un seul refuse, rien n'est tombé !

Quoi qu'il arrive — souviens-toi de ce soir-là :

Tout a commencé par une voix dans le noir.

Final

Quoi qu'il arrive — et il est arrivé l'Histoire !

Quoi qu'il arrive — de Koufra jusqu'à la victoire !

Quatre ans plus tard les cloches sonneront —

Tout a commencé par un micro, et un nom !

Paroles © 18:30 · reproduction interdite sans autorisation