Normandie-Niémen

Date
1942 – 1945
Lieu
Formation à Ivanovo, URSS
Coordonnées
56,99° N · 40,97° E
Événement
Les pilotes français du front de l'Est

Des pilotes français dans des Yak soviétiques, à des milliers de kilomètres de chez eux.

Lecteur Spotify intégré00:00
Connecté à Spotify : titre complet. Sinon, extrait de 30 secondes.
L'histoire · 13 min de lecture

L'histoire derrière « Normandie-Niémen »

De 1943 à 1945, des pilotes de la France Libre combattent sur le front de l'Est, aux commandes de Yak soviétiques, à des milliers de kilomètres de chez eux. Le groupe de chasse Normandie, devenu régiment Normandie-Niémen en 1944, est la seule unité de chasse d'un pays allié occidental engagée aux côtés de l'Armée rouge. Il rentre au Bourget le 20 juin 1945, avec 273 victoires homologuées et des dizaines de morts.

011941 – 1942Londres, Rayak

Un groupe de chasse pour l'Est

Le 22 juin 1941, l'Allemagne envahit l'Union soviétique. Pour le général de Gaulle, qui veut une France Libre présente sur tous les fronts, c'est une occasion à saisir : un nouveau grand allié entre dans la guerre, et la France combattante doit s'y montrer. Il songe d'abord à envoyer une division terrestre en Russie, mais des difficultés matérielles et politiques le font renoncer. Il propose alors une formation plus légère, plus facile à transporter et très visible : un groupe d'aviation de chasse.

Les négociations avec Moscou commencent en février 1942. Elles n'aboutissent à un accord signé que le 26 novembre 1942 selon le ministère des Armées (certaines sources donnent le 25). Sans attendre la signature, le général Martial Valin, qui commande les Forces aériennes françaises libres (FAFL), reçoit l'ordre de réunir des volontaires venus de Grande-Bretagne, d'Afrique du Nord et du Proche-Orient.

Le groupe de chasse n° 3 est créé le 1er septembre 1942 à Rayak, au Liban, sous les ordres du commandant Joseph Pouliquen. On lui donne le nom d'une province française occupée : « Normandie ». Plus tard, ses escadrilles porteront les noms de villes normandes : Rouen, Le Havre, Cherbourg et Caen. À Rayak, les pilotes reprennent l'entraînement sur des Dewoitine 520 à partir du 14 octobre, selon l'historique du régiment.

Qui sont ces volontaires ? Des pilotes de métier ou à peine brevetés, passés par Londres, le Levant ou l'Afrique. Certains se sont évadés de la zone contrôlée par Vichy au péril de leur vie. Le 14 octobre 1941, trois pilotes du groupe de chasse 1/3, basés en Algérie, Marcel Albert, Albert Durand et Marcel Lefèvre, ont décollé à bord de leurs Dewoitine 520 pendant un vol d'exercice et mis le cap sur Gibraltar. Lefèvre s'est posé par erreur côté espagnol, a redécollé et a rejoint le Rocher de justesse, raconte sa biographie à l'Ordre de la Libération. Tous trois se retrouveront en Russie.

02Novembre 1942 – mars 1943Ivanovo

L'hiver d'Ivanovo

Le 12 novembre 1942, une soixantaine de volontaires, pilotes et mécaniciens, partent pour l'Union soviétique par Bagdad, Bassorah et Téhéran. Le premier groupe ne compte qu'une quinzaine de pilotes. Leur destination est Ivanovo, une base aérienne soviétique située à environ 250 kilomètres au nord-est de Moscou. Le gros du groupe y arrive entre la fin novembre et le début décembre 1942 ; le premier contingent se pose le 28 novembre selon plusieurs biographies. Les derniers éléments, restés en Iran, ne le rejoignent qu'en mars 1943.

L'entraînement commence aussitôt sur du matériel soviétique, des Yakovlev Yak-7 et Yak-1. Les conditions sont très rudes : le ministère des Armées note des températures comprises entre -25 et -30 degrés. Il faut apprendre un avion inconnu, des procédures nouvelles et quelques mots de russe pour échanger avec les instructeurs et les mécaniciens.

En février 1943, le commandant Pouliquen est affecté à la mission militaire française de Moscou. Il est remplacé par le commandant Jean Tulasne, né à Nancy en 1912, saint-cyrien, qui a rallié la France Libre dès 1940 en s'envolant du Levant vers la Palestine. Tulasne a déjà commandé le groupe de chasse « Alsace ». C'est lui qui conduit le « Normandie » au feu.

96pilotes passés par l'unité, selon le Mémorial
273victoires aériennes homologuées
42pilotes tués ou disparus, selon le Mémorial
4pilotes faits Héros de l'Union soviétique
03Mars – juillet 1943Polotniani-Zavod, Orel

Premiers combats, premiers morts

Le 22 mars 1943, l'escadrille, équipée de Yak-1, rejoint le front sur le terrain de Polotniani-Zavod, à une centaine de kilomètres au sud-ouest de Moscou selon le ministère des Armées (170 kilomètres selon le Mémorial). Elle est rattachée à la 1re armée aérienne soviétique et opère entre Smolensk et Orel : reconnaissances, escortes de bombardiers, attaques au sol.

Le 5 avril 1943, lors d'une escorte de bombardiers entre Roslavl et Smolensk, la patrouille est attaquée par des chasseurs allemands. Albert Préziosi et Albert Durand abattent chacun un Focke-Wulf 190 : ce sont les deux premières victoires officielles du groupe. Huit jours plus tard, le 13 avril, dans le secteur de Spas-Demensk, les Français abattent trois chasseurs ennemis, mais trois des leurs ne rentrent pas : les lieutenants Raymond Derville et André Poznanski et l'aspirant Yves Bizien. Ce sont les premiers morts du « Normandie ».

L'unité est ensuite intégrée à la 303e division aérienne de chasse du général Gueorgui Zakharov. Le 9 juin, le commandant Pierre Pouyade arrive avec sept pilotes. Saint-cyrien lui aussi, abattu et blessé en juin 1940, envoyé en Indochine, il s'est évadé vers la Chine en octobre 1942 et a rejoint Londres après un long périple. Deux escadrilles sont alors formées : « Rouen », sous ses ordres, et « Le Havre », sous ceux du capitaine Albert Littolff.

En juillet 1943, la bataille de Koursk tourne à l'avantage des Soviétiques, qui contre-attaquent au nord, vers Orel. Le groupe, qui reçoit ses premiers Yak-9, y est engagé à fond. Du 12 au 19 juillet, une quinzaine de pilotes effectuent 112 sorties et abattent 17 avions, d'après le ministère des Armées. Le prix est terrible : six pilotes perdus. Littolff disparaît le 16 juillet. Le lendemain, en fin d'après-midi, le commandant Tulasne disparaît à son tour lors d'un combat contre des Focke-Wulf 190 près d'Orel. Son corps n'a jamais été identifié avec certitude. Pierre Pouyade prend le commandement d'un groupe qui ne compte plus que huit hommes valides.

04Août 1943 – mai 1944Smolensk, Toula

Le prix de la première campagne

Le 4 août 1943, les mécaniciens français sont remplacés par des mécaniciens soviétiques, placés sous les ordres du capitaine Agavelian. Dès lors, chaque pilote français vole sur un avion préparé par une équipe soviétique. Le groupe, renforcé par de nouveaux pilotes, se déplace vers Smolensk et multiplie les missions dans les secteurs de Ielnia et de Smolensk.

Le 11 octobre 1943, le général de Gaulle fait du groupe « Normandie » un Compagnon de la Libération. Le groupe compte alors plus de 50 victoires homologuées. C'est l'une des dix-huit unités combattantes ainsi distinguées, et 21 Compagnons de la Libération ont servi dans ses rangs, selon le musée de l'Ordre.

Le 6 novembre 1943, le groupe se replie pour l'hiver à Toula, au sud de Moscou. Le bilan de cette première campagne est lourd. Le Mémorial compte 77 victoires officielles et 21 pilotes perdus. Sur la quinzaine de pilotes arrivés en 1942, cinq seulement sont encore là. Marcel Lefèvre, lui, a déjà onze victoires sûres à son actif à la fin de 1943.

Pendant l'hiver 1943-1944, le groupe est reconstruit. Entre décembre 1943 et mai 1944, cinquante-deux nouveaux pilotes arrivent en renfort, venus pour la plupart d'Afrique du Nord, où les forces françaises sont désormais réunies. Parmi eux, Jacques André, ancien pilote de l'armée de l'air de Vichy rallié à la France combattante. Le groupe passe à quatre escadrilles : « Cherbourg » puis « Caen » s'ajoutent à « Rouen » et « Le Havre ». Au tournant de 1944, il reçoit le statut de régiment.

On rapporte souvent qu'un ordre du maréchal allemand Wilhelm Keitel prévoyait l'exécution des pilotes du « Normandie » faits prisonniers. Le Mémorial y fait allusion à propos de Pierre Bléton, abattu le 20 février 1945. Selon le Mémorial, il échappe au peloton grâce à l'escadre de chasse allemande JG 51 qui l'a recueilli. Le texte exact de cet ordre reste peu documenté dans les sources accessibles. Il faut donc le présenter comme une menace rapportée, et non comme un document établi.

05Mai – juillet 1944Biélorussie, Niémen

Pourquoi le nom de Niémen

La deuxième campagne commence le 26 mai 1944, depuis le terrain de Doubrovka, avec quatre escadrilles équipées de Yak-9. Elle s'ouvre sur un drame. Le 28 mai, une fuite d'essence force Marcel Lefèvre à rentrer d'urgence. À l'atterrissage, son avion prend feu et il en sort en flammes, gravement brûlé au visage, aux mains et aux cuisses. Il meurt à l'hôpital de Moscou le 5 juin 1944.

Le 22 juin 1944 commence la grande offensive soviétique en Biélorussie. Le régiment couvre l'avance de l'Armée rouge, qui progresse de plus de 400 kilomètres vers l'ouest en moins de trois semaines, puis entre en Lituanie. Le 15 juillet, pendant le transfert de Doubrovka à Mikountani, le capitaine Maurice de Seynes transporte son mécanicien Bielozoub derrière son siège. Son Yak est lui aussi victime d'une fuite de carburant. Selon le Mémorial, il refuse d'abandonner son mécanicien et tente de se poser. L'avion explose au sol, tuant les deux hommes.

En juillet, le groupe prend part à la bataille du franchissement du Niémen, fleuve qui traverse la Biélorussie et la Lituanie avant de se jeter dans la Baltique. Les pilotes français protègent les troupes qui passent le fleuve. Le 21 juillet 1944, Staline signe un prikaz, un ordre du jour, qui décerne à l'unité française le titre de « Niémen » pour sa participation à cette bataille. C'est la réponse à une question qu'on se pose souvent : le nom « Niémen » n'est pas celui d'une ville normande. C'est un honneur de bataille soviétique, ajouté au nom d'origine. Le « Normandie » devient le régiment « Normandie-Niémen ».

Archive · Fig. 01Pilotes français et soviétiques du Normandie-Niémen sur l'aérodrome de Doubrovka, 1944.Glavarkhiv de Moscou / mos.ru, CC BY 4.0 · source
06Août 1944 – mai 1945Prusse-Orientale

Jusqu'au bout en Prusse

En août 1944, le régiment reçoit le Yakovlev Yak-3, un chasseur léger et très maniable. C'est sur cet avion qu'il connaît sa journée la plus célèbre. Le 16 octobre 1944, premier jour de l'offensive soviétique contre la Prusse-Orientale, ses pilotes abattent 29 avions allemands en une centaine de sorties, sans aucune perte. Le 30 octobre, le lieutenant Robert Marchi remporte la 200e victoire du groupe. Le 27 novembre, le régiment s'installe à Gross-Kalweitschen, en territoire allemand. C'est la première unité française à s'y poser, selon l'historique du régiment.

Le 27 novembre 1944, un décret soviétique fait de Marcel Albert et de Roland de La Poype des Héros de l'Union soviétique. Albert, ancien mécanicien chez Renault, terminera la guerre avec 23 victoires homologuées, le record de l'unité. Selon l'Ordre de la Libération, il est le deuxième as français de la Seconde Guerre mondiale. La Poype, passé par la Royal Air Force, faisait partie du premier contingent arrivé à Ivanovo.

Début décembre 1944, le général de Gaulle est à Moscou en visite officielle. Le 9 décembre selon le Mémorial, il reçoit les pilotes, leur remet des décorations et attache au fanion du régiment la croix de la Libération. Les plus anciens partent alors en permission en France avec Pierre Pouyade. Le commandant Louis Delfino, né à Nice en 1912 et arrivé en Russie en 1944, prend la tête du régiment en décembre 1944 ; il le conduira jusqu'à la fin de la guerre.

La troisième campagne se joue de janvier à mai 1945 en Prusse-Orientale, autour de Königsberg, Pillau et Heiligenbeil. Le 20 mars, le régiment reçoit l'ordre soviétique du Drapeau rouge. Le 12 avril, le lieutenant Georges Henry abat un Focke-Wulf 190 : c'est la dernière victoire officielle du régiment. Quelques heures plus tard, il est tué au sol par un éclat d'obus. Le 9 mai 1945, le régiment fête la victoire à Heiligenbeil. Le 4 juin 1945, Jacques André est à son tour fait Héros de l'Union soviétique, et Marcel Lefèvre l'est à titre posthume.

Archive · Fig. 02Roger Penverne, pilote du Normandie-Niémen, aux commandes de son Yak, 1944.Collection famille Penverne, CC0 · source
0720 juin 1945Le Bourget

Le retour des Yak

Le 1er juin 1945, le régiment est à Moscou. Les pilotes apprennent alors que l'Union soviétique offre à la France les Yak-3 sur lesquels ils ont combattu, une quarantaine d'appareils selon le ministère des Armées. Le 15 juin, ils décollent d'Elbing, aujourd'hui Elbląg, en Pologne. Ils font escale à Prague, à Stuttgart et à Saint-Dizier, puis se posent au Bourget le 20 juin 1945, sous un accueil triomphal. Le nombre d'avions posés ce jour-là varie selon les sources : 37 pour l'historique du régiment, 38 ou 40 pour d'autres, et un quotidien de l'époque en annonçait 41.

La presse de l'époque accueille ces hommes comme des héros. Leur tenue mêle une casquette et une veste françaises, des bottes et un pantalon russes, et un battle-dress britannique. Le journal L'Aube les décrit ainsi :

« Oiseaux migrateurs s'en revenant d'un horizon lointain »
L'Aube, 20 juin 1945, cité par RetroNews

Les avions ne restent pas longtemps aux pilotes : l'armée de l'Air en prend possession peu après leur arrivée. Pendant deux ans, le groupe continue toutefois de voler sur ses Yak-3.

Le bilan officiel, repris par le Mémorial et par l'Ordre de la Libération, est de 5 240 missions de guerre, 869 combats aériens, 273 victoires homologuées et 37 probables. Le chiffre des 273 victoires est celui de l'homologation française ; comme pour toutes les unités de chasse de la guerre, il ne se compare pas sans précaution aux registres de l'adversaire. Les chiffres humains varient aussi. Le Mémorial compte 96 pilotes engagés et 42 tués ou disparus, et l'Ordre de la Libération 42 morts sur 97. Le ministère des Armées parle de 46 pilotes morts ou disparus sur une centaine. Dans tous les cas, près d'un pilote sur deux n'est pas revenu.

Lieu de mémoire · Fig. 03L'un des Yak-3 revenus d'URSS avec le régiment le 20 juin 1945, aujourd'hui exposé au musée de l'Air et de l'Espace du Bourget.Photo Alan Wilson, CC BY-SA 2.0 · source
08Depuis 1945Le Bourget, Les Andelys, Mont-de-Marsan

Une mémoire qui vole encore

Le régiment n'est pas dissous. Il vole sur ses Yak-3 puis sur des avions britanniques et américains, combat en Indochine de 1949 à 1951, puis stationne en Algérie et à Orange. Il devient ensuite l'escadron de chasse 2/30 à Reims, puis à Colmar. Recréé à Mont-de-Marsan en 2012 après une mise en sommeil, il vole aujourd'hui sur Rafale. C'est la seule unité de l'armée de l'Air et de l'Espace à porter encore le nom de « régiment », héritage de ses années sous commandement soviétique.

La mémoire passe aussi par le cinéma. En 1960 sort le film Normandie-Niémen de Jean Dréville, écrit par Charles Spaak, Elsa Triolet et Konstantin Simonov, et produit avec le studio soviétique Mosfilm. Il a durablement fixé l'image de ces aviateurs dans le public.

Pour les visiteurs, le premier lieu est le musée de l'Air et de l'Espace du Bourget, sur l'aéroport même où les Yak se sont posés en 1945. Depuis juin 2015, un hall permanent est consacré au régiment. Il présente un Yak-3 posé au Bourget le 20 juin 1945, décrit par le musée comme le dernier exemplaire original de l'unité. Il rassemble aussi les objets et documents réunis par les anciens pilotes et mécaniciens, longtemps exposés aux Andelys. Les Andelys, dans l'Eure, est la ville natale de Marcel Lefèvre : son corps, d'abord inhumé à Moscou, y a été ramené en 1953. Des plaques et des noms de rues rappellent le régiment dans de nombreuses communes, comme à Dammarie-lès-Lys, et un monument lui est dédié à Moscou. L'association du Mémorial Normandie-Niemen entretient la liste des pilotes et de leurs victoires.

Les derniers témoins sont partis : Marcel Albert est mort au Texas en 2010, Roland de La Poype en 2012. Reste ce qu'ils ont prouvé en 1942 : en répondant à l'appel du 18 juin, raconté dans « Quoi qu'il arrive », des Français pouvaient aller se battre jusqu'au bout du continent. La même année, d'autres tenaient le désert libyen à Bir Hakeim. La chanson « Normandie-Niémen » reprend ces deux noms cousus ensemble, une province de chez nous et une rivière de là-bas. Elle retient le chiffre du Mémorial, 42 morts, et fait voler ces noms au-dessus du Niémen, là où le régiment a gagné le second.

Lieu de mémoire · Fig. 04Au Bourget, le mémorial Normandie-Niémen retrace l'itinéraire du régiment, de 1942 à la victoire.Photo Rc1959, CC0 · source

Les paroles

Hymne aérien martial, cordes slaves, chœurs d'hommes
Couplet 1

Ils ont quitté Londres, le Levant, l'Afrique,

Pour un pays de neige où nul ne les attendait,

Ivanovo, moins trente, le métal qui claque,

Des Yak couleur d'hiver et des nuits sans été.

On leur avait dit : c'est l'enfer là-bas —

Ils ont répondu : l'ennemi y est aussi !

Seuls Occidentaux dans le ciel des Soviets,

Quatre-vingt-seize Français au-dessus de la Russie.

Couplet 2

Premier hiver : apprendre l'avion, la langue,

Le gel qui colle la peau aux commandes,

Apprendre à tomber sans terrain ami,

Où la steppe ne rend pas toujours ses pilotes.

Orel, Smolensk, la Biélorussie,

La chasse allemande connaît leurs cocardes,

Et Berlin met leur tête à prix, noir sur blanc :

Tout pilote de Normandie capturé sera fusillé.

Ils décollent le lendemain. Et le jour d'après.

Refrain

Normandie-Niémen ! Deux noms cousus ensemble !

Une province de chez nous, une rivière de là-bas !

Normandie-Niémen ! Quand le ciel gronde et tremble,

La cocarde tricolore ne recule pas !

Deux cent soixante-treize victoires dans le givre,

Quarante-deux fauteuils vides au mess le soir —

Ils avaient vingt-cinq ans et la rage de vivre,

Ils ont donné leur ciel pour deux drapeaux d'espoir !

Couplet 3

Pour chaque pilote, un mécano soviétique,

Qui dégivre les ailes avec ses mains nues,

Qui ne parle pas un mot de français — et qui prie

À sa façon quand l'avion n'est pas revenu.

Marcel Lefèvre ramène son Yak en flammes

Et meurt de ses brûlures, fidèle au poste —

Albert, La Poype : Héros de l'Union soviétique,

Des noms français gravés aux honneurs de Moscou.

Refrain

Normandie-Niémen ! Deux noms cousus ensemble !

Une province de chez nous, une rivière de là-bas !

Normandie-Niémen ! Quand le ciel gronde et tremble,

La cocarde tricolore ne recule pas !

Deux cent soixante-treize victoires dans le givre,

Quarante-deux fauteuils vides au mess le soir —

Ils avaient vingt-cinq ans et la rage de vivre,

Ils ont donné leur ciel pour deux drapeaux d'espoir !

Chœurs de guerre

Normandie ! — Niémen !

Le ciel ! — À nous !

La cocarde ! — Au combat !

Jamais ! — En bas !

Instrumental · cordes slaves, moteurs en fond, montée de charge

Couplet 4

C'est Staline lui-même qui leur donne le « Niémen »

Pour les combats du fleuve, à l'été 44,

Et pour solde de gloire, la Russie leur fait don

Des quarante Yak qu'ils ramènent à la maison.

Toi qui hésites à partir loin pour ce que tu crois,

Toi qu'on retient par la manche et le confort —

Eux ont traversé la moitié de la Terre

Pour se battre dans un ciel qui n'était pas le leur :

C'est ça, choisir son camp. Le reste est du décor.

Pont

20 juin 1945, Le Bourget.

Quarante chasseurs frappés de la croix de Lorraine

se posent un par un sous les vivats.

Les survivants saluent — et quelque part au-dessus du Niémen,

quarante-deux noms volent encore.

Refrain

Normandie-Niémen ! Deux noms cousus ensemble !

Une province de chez nous, une rivière de là-bas !

Normandie-Niémen ! Quand le ciel gronde et tremble,

La cocarde tricolore ne recule pas !

Deux cent soixante-treize victoires dans le givre,

Quarante-deux fauteuils vides au mess le soir —

Ils avaient vingt-cinq ans et la rage de vivre,

Ils ont donné leur ciel pour deux drapeaux d'espoir !

Final

Normandie ! — Niémen ! Normandie ! — Niémen !

Deux patries, un seul ciel — et l'honneur pour escadrille !

Paroles © 18:30 · reproduction interdite sans autorisation