Le Quart de la France

Date
Fin juin 1940
Lieu
Finistère, Bretagne
Coordonnées
48,038° N · 4,850° O
Événement
Le départ des hommes de l'île de Sein

Une île de pêcheurs au large de la pointe du Raz. Fin juin 1940, ses hommes valides prennent la mer pour l'Angleterre.

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L'histoire · 14 min de lecture

L'histoire derrière « Le Quart de la France »

Au large de la pointe du Raz, l'île de Sein vit de la mer. Du 24 au 26 juin 1940, cinq bateaux emmènent vers l'Angleterre presque tous ses hommes en âge de combattre : au total, 128 Sénans rejoignent la France Libre selon le décompte officiel. Le mot attribué à de Gaulle, « le quart de la France », et la croix de la Libération de 1946 en font un symbole.

01Septembre 1939 – juin 1940Île de Sein

Un rocher face au Raz

L'île de Sein est une bande de terre plate de 56 hectares posée sur la mer d'Iroise, à quelques milles de la pointe du Raz, à l'extrême ouest du Finistère. Pas d'arbre, des maisons serrées autour du port, des murets contre le vent, et tout autour l'un des passages les plus dangereux des côtes de France. On y vit de la pêche, du sauvetage et des phares : Ar-Men, à l'extrémité de la chaussée de Sein, et le grand phare de l'île guident les navires qui doublent la Bretagne.

En septembre 1939, l'île compte environ 1 400 habitants selon l'Ordre de la Libération ; d'autres sources donnent un chiffre plus bas, autour d'un millier ou de 1 200 personnes. Comme partout en France, une grande partie des hommes en âge de servir est mobilisée, souvent dans la Marine. Une petite garnison d'une vingtaine d'hommes, marins et soldats, s'installe sur l'île.

Sein n'a pas l'électricité. Les nouvelles arrivent par les bateaux qui accostent, par le courrier d'Audierne, et par les rares postes de TSF à accus ou à galène. C'est par ces bribes que les Sénans suivent l'effondrement du printemps 1940 : l'offensive allemande du 10 mai, la chute de Paris le 14 juin, la demande d'armistice du maréchal Pétain le 17 juin. Le même jour, le général de Gaulle s'envole pour Londres.

Ceux qui restent sur l'île à la mi-juin sont donc surtout ceux que la mobilisation a laissés : les plus âgés, les pères de famille nombreuse, les très jeunes, les pêcheurs. Ce sont eux qui vont partir.

Archive · Fig. 01Bateaux de pêche au mouillage à l'île de Sein, vers 1930 : c'est sur des bateaux de ce type que les Sénans partent pour l'Angleterre en juin 1940.Jacques de Thézac / Musée départemental breton, domaine public · source
0219 – 22 juin 1940Île de Sein

Le Zénith et la voix de Londres

Le 19 juin, on apprend sur l'île la prise de Rennes et l'évacuation de Brest. Le même jour, le Zénith, le dundee qui assure deux fois par semaine la liaison entre Audierne et Sein, fait escale au port. Il a à son bord une centaine de militaires, dont des chasseurs alpins, des jeunes gens d'Audierne et du matériel de guerre qu'il doit emmener à Ouessant. Il repart dans la soirée avec les militaires, tandis que la Velléda, le ravitailleur des phares, prend en charge les civils.

Le Zénith ne revient pas. Après son escale à Ouessant, il traverse la Manche sur ordre des autorités militaires et gagne Plymouth. Ses quatre hommes d'équipage, dont le patron Jean-Marie Menou, sont ainsi, selon l'Ordre de la Libération, les premiers habitants de l'île à passer en Angleterre. Réquisitionné par les Britanniques, le bateau fera toute la guerre sur les côtes anglaises et ne rentrera en France qu'en 1946.

L'Appel du 18 juin, lui, n'a guère été entendu en France le soir même. Sur l'île, la nouvelle circule qu'un général français a parlé et doit reparler à la radio de Londres ; selon la brochure du ministère de la Défense, c'est un gardien du phare d'Ar-Men qui prévient les îliens. Le 22 juin, jour de la signature de l'armistice à Rethondes, quelques dizaines d'habitants se réunissent autour d'un poste de TSF pour écouter le général de Gaulle sur la BBC. Le même jour, des avions bombardent des cargos qui passent au large.

Le récit local recueilli par l'association du Mérite maritime situe cette écoute sur le quai, face à l'hôtel de l'Océan. Sur le moment, rien n'est décidé : chacun rentre chez soi. Le lendemain, la nouvelle de l'armistice se confirme, et le maire, Louis Guilcher, comme le recteur de la paroisse, l'abbé Louis Guillerm, s'attendent à voir arriver les Allemands. La garnison, selon l'Ordre de la Libération, a quitté l'île dès le 21 juin ; d'autres récits la font partir quelques jours plus tard à bord de la Velléda.

128Sénans partis pour l'Angleterre, selon l'Ordre de la Libération
5bateaux de pêche partis de Sein les 24 et 26 juin 1940
22Sénans morts pour la France, selon l'Ordre de la Libération
1946croix de la Libération, dernière des cinq communes
0324 juin 1940Port de Sein

Deux bateaux dans la nuit

Le 24 juin, le maire fait afficher un avis reçu d'Audierne par téléphone : les militaires présents dans le secteur doivent se rendre aux autorités allemandes d'Audierne. Pour les hommes de l'île, mobilisables ou anciens soldats, la menace est claire : rester, c'est risquer la captivité. Deux patrons pêcheurs prennent sur eux d'armer leurs bateaux : Jean-Marie Porsmoguer avec la Velléda, Prosper Couillandre avec le Rouanez ar Mor.

Les choses ne se font pas dans le désordre que l'on imagine parfois. Le maire et le recteur encadrent les départs. Le récit du Mérite maritime évoque une réunion au presbytère dans l'après-midi et un embarquement sans grandes phrases ni chants. Vers 21 heures, selon l'Ordre de la Libération, les deux bateaux sont pleins d'hommes en âge de combattre ; ils appareillent dans la nuit vers l'Angleterre.

Le 24 juin est aussi le jour de la signature de l'armistice franco-italien. Pour la plupart des Français, la guerre semble finie. Pour ceux qui embarquent à Sein, elle commence : la Velléda emmène une vingtaine de Sénans, le Rouanez ar Mor environ trente-cinq, d'après le décompte détaillé du Mérite maritime, qu'il faut prendre comme un ordre de grandeur.

Lieu de mémoire · Fig. 02Sur l'île de Sein, une plaque rappelle le départ des hommes de l'île pour rejoindre la France Libre en juin 1940.Ji-Elle / Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 · source
0425 – 26 juin 1940Mer d'Iroise

La seconde vague

Le 25 juin, un bateau de l'île revient du continent avec une autre nouvelle : une affiche y annonce que tous les hommes de 18 à 60 ans doivent se tenir à la disposition des troupes d'occupation. La réponse est la même que la veille. On réarme d'autres bateaux ; le Pax Vobis, en panne de moteur, est remplacé par le Corbeau des Mers.

Le 26 juin au soir, deux nouveaux bateaux partent : le Rouanez ar Peoc'h, dont le patron est François Fouquet selon le récit local, et le Maris Stella de Martin Guilcher. Le Corbeau des Mers de Pierre Couillandre et ses passagers les suivent de peu. Comme le 24, le maire et le recteur sont sur le quai. D'après le Mérite maritime, le recteur donne l'absolution aux partants avant que les bateaux disparaissent dans la brume.

Les plus jeunes n'ont pas le droit de partir : l'Ordre de la Libération précise que les garçons de quinze ans ou moins sont écartés. Le plus jeune des Sénans partis a pourtant 14 ans ; selon Chemins de mémoire, il s'est embarqué clandestinement. Le plus âgé a 54 ans.

Combien sont-ils ? Les chiffres varient selon ce que l'on compte. L'Ordre de la Libération et Chemins de mémoire retiennent 114 îliens partis de Sein entre le 24 et le 26 juin. En ajoutant les quatre hommes du Zénith et ceux qui ont rejoint l'Angleterre par d'autres moyens, le décompte officiel de l'Ordre arrive à 128 Sénans, chiffre repris par la plupart des institutions. D'autres auteurs donnent 133, en comptant des départs plus tardifs, ou 136 ; on lit parfois aussi environ 130. Tous s'accordent sur l'essentiel : la quasi-totalité des hommes valides restés sur l'île est partie.

Dans ses Mémoires de guerre, le général de Gaulle a résumé l'arrivée de cette flottille en Cornouailles :

« Dans les derniers jours de juin, abordait en Cornouailles une flottille de bateaux de pêche amenant au général de Gaulle tous les hommes valides de l'île de Sein. »
Charles de Gaulle, Mémoires de guerre, tome I, L'Appel, 1954 (cité par le ministère de la Défense)
05Début juillet 1940Londres

« Le quart de la France »

Au début de juillet 1940, la France Libre n'est encore qu'une poignée d'hommes. Le gouvernement britannique a reconnu de Gaulle comme chef des Français libres le 28 juin ; les Forces navales françaises libres naissent le 1er juillet. Les volontaires arrivés en Angleterre sont rassemblés à Londres, notamment à l'Olympia, le grand hall d'exposition transformé en lieu d'accueil.

C'est là, selon l'Ordre de la Libération, que les Sénans sont regroupés avec environ trois cents autres volontaires et que le général de Gaulle les passe en revue. Il serre la main de chacun et lui demande d'où il vient. La réponse revient si souvent, « de l'île de Sein », qu'il aurait alors eu ce mot :

« L'île de Sein, c'est donc le quart de la France ! »
Propos attribué au général de Gaulle, Londres, début juillet 1940 (version de l'Ordre de la Libération)

La formule n'a pas été consignée par un document de l'époque : toutes les sources sérieuses l'introduisent par un conditionnel. Elle circule en plusieurs versions, « Sein est donc le quart de la France ! » chez l'historien Erwan Le Gall, ou « Mais l'île de Sein, c'est donc le quart de la France ! ». La date varie aussi : la Fondation de la France Libre parle du 1er juillet, d'autres récits du 5 ou du 7 juillet, et Erwan Le Gall situe la présentation des marins au général à l'Empire Hall le 7 juillet. Le sens, lui, ne fait pas débat : à cette date, les Sénans représentaient une part très visible des tout premiers Français libres réunis devant de Gaulle, de l'ordre d'un sur quatre selon la tradition.

061940 – 1945Toutes les mers

Les Sénans dans la guerre

À leur arrivée, la plupart des Sénans sont admis dans les Forces navales françaises libres. Ils servent d'abord à bord du Courbet, un vieux cuirassé français réfugié en Angleterre, employé à la défense antiaérienne d'un port britannique. Puis les affectations se font selon l'âge et le métier. Les plus jeunes partent sur les bâtiments de guerre ; les plus âgés sont affectés au service des pêches de Penzance ou à la marine marchande de la France Libre et participent au ravitaillement de l'Angleterre, sous la menace permanente des sous-marins.

Quelques parcours sont connus. Louis Fouquet, le plus jeune, 14 ans en 1940, sert sur le Léopard puis sur le Maréchal Galliéni, selon Erwan Le Gall ; il termine la guerre quartier-maître canonnier. Clet Chevert, 18 ans au départ, sert dans les vedettes de la Manche puis sur l'aviso L'Escarmouche. D'autres Sénans combattent en Afrique, en Italie, puis lors de la libération de la France. L'hommage officiel rendu sur l'île en 2024 cite Joseph Guilcher, débarqué à Ouistreham le 6 juin 1944 avec le commando Kieffer.

La mer reste aussi un front clandestin. En décembre 1940, le chalutier Marie-Louise, parti de Newlyn, dépose près de la pointe du Raz l'officier de marine Honoré d'Estienne d'Orves, envoyé en mission par la France Libre. Selon l'hommage de 2024, des membres de cet équipage furent ensuite arrêtés et déportés ; le récit du Mérite maritime mentionne trois Sénans arrêtés après une trahison.

Tous ne reviennent pas. L'Ordre de la Libération compte vingt-deux Sénans morts pour la France. Les décomptes varient légèrement : la brochure du ministère de la Défense parle de vingt et un morts parmi les Français libres de Sein ; Chemins de mémoire distingue dix-huit Sénans morts au combat et quatre autres morts pour la France sans avoir rejoint l'Angleterre. Selon l'hommage de 2024, la moitié des morts n'avait pas vingt ans en 1940. Les survivants ne retrouvent leur île qu'en 1944 ou 1945.

Archive · Fig. 03Plymouth, août 1940 : des marins des Forces navales françaises libres à bord de l'aviso Commandant Duboc.Imperial War Museum (A 392), domaine public · source
071940 – 1944Île de Sein

L'île des femmes

Les Allemands débarquent à Sein dès le début de juillet 1940. Ils y installent une petite garnison d'infanterie et un poste de douane maritime chargé de contrôler les bateaux de pêche, posent des mines et des barbelés. La circulation est sévèrement réglementée, sur l'île comme en mer ; ceux qui obtiennent un laissez-passer pour le continent doivent laisser leur famille en garantie de leur retour.

Restent surtout des femmes, des enfants et des anciens. Avec le départ des hommes disparaissent les revenus de la pêche. La malnutrition frappe l'île, dont un recensement de 1943 cité par l'Ordre de la Libération ne compte plus que 273 habitants. La solidarité s'organise : le recteur ouvre une cantine scolaire pour les garçons dont les pères sont en Angleterre, et le maire, interlocuteur obligé de l'occupant, tente d'adoucir le sort de ses administrés. Pendant un temps, la vente du sel est le seul revenu de l'île.

Le 1er mai 1943, fidèles à leur tradition de sauveteurs, les marins du sloop Pax Vobis assistent à un combat aérien au large d'Ouessant et recueillent trois aviateurs d'un bombardier américain tombé en mer. Ils les ramènent à Sein ; l'un d'eux, trop gravement blessé pour le bateau, est évacué par un avion de reconnaissance allemand qui se pose sur l'île.

La garnison allemande quitte Sein le 4 août 1944, après avoir détruit à l'explosif le phare de l'île. C'est la libération.

081946 – 1960Île de Sein

La croix et le monument

L'Ordre de la Libération a été créé par le général de Gaulle à Brazzaville le 16 novembre 1940. Jusqu'au 23 janvier 1946, date où cessent les attributions, 1 059 croix sont décernées : 1 036 à des personnes, 18 à des unités combattantes et 5 à des communes. Par ordre chronologique, ce sont Nantes, dès le 11 novembre 1941, puis Grenoble, Paris, Vassieux-en-Vercors et enfin l'île de Sein. Sein est donc la dernière des cinq communes faites Compagnon de la Libération, par un décret du 1er janvier 1946, quelques semaines avant la clôture de l'Ordre.

La citation dit en deux phrases ce qu'a fait l'île :

« Devant l'invasion ennemie, s'est refusée à abandonner le champ de bataille qui était le sien : la mer. A envoyé tous ses enfants au combat sous le pavillon de la France Libre devenant ainsi l'exemple et le symbole de la Bretagne tout entière. »
Décret du 1er janvier 1946 faisant l'île de Sein Compagnon de la Libération

Le 30 août 1946, le général de Gaulle, qui a quitté le gouvernement en janvier, vient lui-même remettre la croix sur l'île, au cours d'une cérémonie simple. Il ne prononce pas de discours officiel, mais s'adresse spontanément aux Sénans à deux reprises. L'Ordre de la Libération a conservé ses mots adressés à la foule après la remise de la croix :

« La France, vous l'avez sauvée. Il ne faut pas qu'on l'oublie. »
Le général de Gaulle aux habitants de l'île de Sein, 30 août 1946

L'île reçoit aussi la croix de guerre 1939-1945 et la médaille de la Résistance avec rosette. Elle est souvent présentée comme la commune française la plus décorée au titre de la Seconde Guerre mondiale.

Le 7 septembre 1960, devenu président de la République, de Gaulle revient à Sein pour inaugurer le monument aux Forces françaises libres. Ce monument de granit, signé Quillivic, se dresse au lieu-dit Men-Neï, face au phare : un jeune marin adossé à une croix de Lorraine. Il porte la devise bretonne « Kentoc'h mervel », plutôt mourir, et une phrase inspirée de Charles Péguy : « Le soldat qui ne se reconnaît pas vaincu a toujours raison. »

09Aujourd'huiÎle de Sein

Une mémoire qui tient au rocher

La mémoire de juin 1940 fait partie de la vie de l'île. La brochure publiée par le ministère de la Défense donne la liste nominative des 128 Sénans, et le monument aux morts de l'île garde ceux qui ne sont pas revenus. Les cinq communes Compagnon de la Libération sont liées par un pacte d'amitié signé le 3 décembre 1981, et la loi du 26 mai 1999 a créé le Conseil national des communes « Compagnon de la Libération », appelé à prendre le relais du conseil de l'Ordre pour en perpétuer les traditions. Sein y siège aux côtés de Paris, Nantes, Grenoble et Vassieux-en-Vercors et participe aux cérémonies de l'Ordre.

Le 18 juin 2024, pour le 84e anniversaire de l'Appel, la commémoration nationale s'est prolongée sur l'île de Sein, en hommage aux 128 Sénans. Le Zénith, lui, a survécu : après des décennies de service puis un naufrage en 1990, son épave a été remorquée à Saint-Malo en 1996 par une association qui veut le restaurer, et il a été classé monument historique en 2000.

Pour qui veut voir les lieux, l'île se rejoint en bateau depuis Audierne. On y trouve le port d'où sont partis les bateaux des 24 et 26 juin, le monument aux Forces françaises libres de Men-Neï et le monument aux morts. En face, sur le continent, la pointe du Raz que les bateaux ont doublée dans la nuit.

La chanson nomme deux des cinq bateaux, la Velléda et le Corbeau des Mers, et reprend l'écart d'âge que donnent les sources, de quatorze à cinquante-quatre ans. Elle chante « cent trente » hommes pour le décompte officiel de 128, et prête au recteur une réplique qui dramatise les récits de la tradition sans être une citation documentée. Le « quart de la France » y est cité dans la version retenue par l'Ordre de la Libération, avec la part de légende que porte ce mot. Et la devise du monument de Men-Neï, « Kentoc'h mervel », devient le chœur scandé du morceau.

Dans le pont, Sein est « la première levée » : le premier ralliement collectif d'une commune entière, en juin 1940. Ce n'est pas la première commune décorée, mais la dernière des cinq, après Nantes, Grenoble, Paris et Vassieux-en-Vercors. La Bretagne revient ailleurs dans le volume, à Plumelec, en juin 1944, avec Le Premier. Et la croix remise sur le quai de Sein en 1946 est la même que portait Hubert Germain, le dernier Compagnon de la Libération, auquel est consacré Le Dernier Compagnon.

Lieu de mémoire · Fig. 04Le monument aux morts 1939-1945 de l'île de Sein, où sont gravés les noms des enfants de l'île tombés pendant la guerre.Gzen92 / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 · source

Les paroles

Folk breton guerrier, bombarde, cornemuse, tambours de marche
Couplet 1

Un caillou posé sur la mer d'Iroise,

Pas un arbre, pas un mur bien haut,

Des femmes en coiffe, des maisons d'ardoise,

Et le feu d'Ar-Men qui veille sur les flots.

Le soir où la voix est venue de Londres,

Les hommes se sont tus au retour du courant —

Et le vieux recteur a vu l'île répondre :

« Les Allemands arrivent ? Alors nous, on prend le vent ! »

Couplet 2

De quatorze à cinquante-quatre ans,

Ils ont signé sans savoir écrire la guerre,

Pêcheurs de bar devenus combattants,

Premiers volontaires de la France entière.

Le Velléda trace dans la nuit sans phare,

Le Corbeau des Mers double la pointe du Raz,

Cap sur l'Angleterre, à la voile et la rage —

Derrière eux l'île s'efface, et pas un ne renonce.

Refrain

Hissez la toile, garçons de Sein !

Le Velléda, le Corbeau des Mers !

Cent trente hommes, tous les marins,

Ont laissé l'île aux femmes et aux prières !

Et quand de Gaulle a compté ses soldats,

Un sur quatre était fils de ce rocher —

« L'île de Sein, c'est donc le quart de la France ! »

Le quart de la France tenait sur un caillou breton !

Chœurs de guerre

Kentoc'h mervel ! Kentoc'h mervel !

(Plutôt mourir ! Plutôt mourir !)

Kentoc'h mervel ! Da viken !

(Plutôt mourir ! À jamais !)

Couplet 3

À Londres on les passe en revue, étonnés :

D'où viennent ces gaillards aux mains de cordage ?

Ils parlent breton entre eux, et France en partage,

Et ils demandent une seule chose : se battre.

Ils serviront partout, sur toutes les mers,

Convois de l'Atlantique, corvettes, chalutiers armés,

Sous les torpilles, dans les tempêtes d'hiver —

Et certains noms de Sein ne reverront jamais le Raz.

Refrain

Hissez la toile, garçons de Sein !

Le Velléda, le Corbeau des Mers !

Cent trente hommes, tous les marins,

Ont laissé l'île aux femmes et aux prières !

Et quand de Gaulle a compté ses soldats,

Un sur quatre était fils de ce rocher —

« L'île de Sein, c'est donc le quart de la France ! »

Le quart de la France tenait sur un caillou breton !

Instrumental · bombarde et tambours, danse guerrière, accélération

Pont

Sur l'île restée femme, on guettait l'horizon,

Quatre années de silence aux fenêtres des maisons,

Et des bérets de deuil en guise de victoire.

Cinq communes de France portent la Croix de la Libération :

Paris. Nantes. Grenoble. Vassieux-en-Vercors.

Et Sein — la plus petite, la première levée.

Couplet 4

En 46, de Gaulle est revenu,

Sur le quai balayé par le vent d'ouest,

Devant les femmes en noir et les survivants,

Épingler sur l'île entière l'honneur qui reste.

Et toi qui crois qu'il faut être nombreux,

Être riche, être grand, pour peser dans la guerre —

Regarde ce rocher sans arbres et sans dieux :

L'honneur n'a pas de taille. Demande à la mer.

Chœurs de guerre

Kentoc'h mervel ! Kentoc'h mervel !

Refrain

Hissez la toile, garçons de Sein !

Le Velléda, le Corbeau des Mers !

Cent trente hommes, tous les marins,

Ont laissé l'île aux femmes et aux prières !

Et quand de Gaulle a compté ses soldats,

Un sur quatre était fils de ce rocher —

« L'île de Sein, c'est donc le quart de la France ! »

Le quart de la France tenait sur un caillou breton !

Final

Hissez la toile, garçons de Sein !

Le quart de la France a le pied marin !

Paroles © 18:30 · reproduction interdite sans autorisation