Hubert Germain avait dix-neuf ans quand il a refusé l'armistice et rejoint l'Angleterre en juin 1940. Légionnaire de la 13e DBLE, il a combattu en Syrie, à Bir Hakeim, à l'Himeimat, en Italie et en Provence. Mort le 12 octobre 2021 à 101 ans, il était le dernier des 1 038 Compagnons de la Libération. Il repose depuis le 11 novembre 2021 au Mont-Valérien.
0116 novembre 1940Brazzaville
Un ordre pour les pionniers
Le 16 novembre 1940, à Brazzaville, le général de Gaulle crée par ordonnance l'ordre de la Libération. La France Libre n'a alors que cinq mois. Elle tient quelques territoires d'Afrique, dont le Tchad, première colonie ralliée, et une poignée de milliers de volontaires. L'ordre doit « récompenser les personnes ou les collectivités militaires et civiles qui se seront signalées d'une manière exceptionnelle dans l'œuvre de libération de la France et de son empire ».
La décoration est volontairement dépouillée : un écu de bronze rectangulaire, traversé par un glaive, chargé d'une croix de Lorraine noire. Au revers, une devise latine, « Patriam servando victoriam tulit », que l'on traduit en général par « En servant la patrie, il a remporté la victoire ». Le ruban est vert et noir : le vert de l'espérance, le noir du deuil de la France de 1940. Les premières croix sont remises en Palestine le 26 mai 1941.
L'ordre est forclos en janvier 1946, le mois même où le général de Gaulle quitte le gouvernement. Il a distingué 1 038 hommes et femmes, 18 unités combattantes, parmi lesquelles le groupe de chasse Normandie-Niémen, et 5 communes : Nantes, Grenoble, Paris, Vassieux-en-Vercors et l'île de Sein, la dernière des cinq. Parmi les Compagnons, 271 l'ont été à titre posthume, six sont des femmes, et une cinquantaine n'avaient pas la nationalité française au moment de leur nomination (55 selon le décompte le plus récent de l'Ordre, 60 dans des documents plus anciens). Après la forclusion, le général de Gaulle remet encore deux croix à titre exceptionnel : à Winston Churchill en 1958 et, à titre posthume, au roi George VI en 1960.
Ce qui fait la singularité de cette « chevalerie », comme l'Ordre la présente lui-même, c'est la précocité de l'engagement. Les Compagnons sont, pour l'essentiel, des femmes et des hommes qui ont choisi de continuer la guerre dès 1940 ou 1941, quand rien ne laissait prévoir la victoire. Hubert Germain est de ceux-là.
Archive · Fig. 01La croix de la Libération, décernée à 1 038 Compagnons ; Hubert Germain fut le dernier d'entre eux.Paris Musées / musée de la Libération de Paris – musée du Général Leclerc – musée Jean Moulin, CC0 · source
021920 – juin 1940Paris, Bordeaux, Saint-Jean-de-Luz
Dix-neuf ans et un refus
Hubert Germain naît le 6 août 1920 à Paris. Il est le fils d'un officier général des troupes coloniales, et son enfance suit les affectations paternelles : il commence ses études secondaires à la mission laïque franco-arabe de Damas, de 1930 à 1932, les poursuit au lycée Albert-Sarraut de Hanoï, puis au lycée Saint-Louis à Paris. Bachelier, il prépare le concours de l'École navale au lycée Michel-Montaigne de Bordeaux lorsque la guerre éclate en septembre 1939.
En juin 1940, l'armée française s'effondre et le gouvernement se replie à Bordeaux. Selon sa biographie officielle, le jeune homme écarte le concours et cherche d'abord à gagner le Maroc pour continuer la lutte. Un officier général ami de son père, rencontré à l'état-major replié à Bordeaux, lui fait comprendre que l'Afrique du Nord ne rentrera pas dans la guerre. Il prend alors, seul, la décision de partir. Les hommages rendus après sa mort racontent la scène de façon plus spectaculaire : il se serait levé en pleine épreuve d'examen pour annoncer qu'il partait faire la guerre. La biographie de l'Ordre, elle, dit plus sobrement qu'il a « écarté le concours ».
Le départ se fait par le Pays basque. À Saint-Jean-de-Luz, des troupes polonaises embarquent pour l'Angleterre. Avec trois camarades, Hubert Germain parvient à se joindre à elles et à monter à bord de l'Arandora Star, un paquebot qui appareille pour la Grande-Bretagne le 24 juin 1940, deux jours après la signature de l'armistice. Il a dix-neuf ans. Il fait partie de ces quelques milliers de Français qui, au cours de l'été 1940, répondent à l'Appel du 18 juin en rejoignant le général de Gaulle.
1 038Compagnons de la Libération
19 ansson âge au départ pour l'Angleterre
101 ansson âge à sa mort
9e caveaucaveau central de la crypte
031940 – 1942Angleterre, Levant
De la Marine à la Légion
Engagé dès l'origine dans les Forces françaises libres, il est d'abord affecté sur le cuirassé Courbet, amarré en Angleterre, où il suit les cours d'élève officier de marine. Le jour, il étudie entre les alertes ; la nuit, il participe à la défense antiaérienne contre les raids de la Luftwaffe. Le futur candidat à l'École navale reste donc, pour quelques mois, un marin de la France Libre.
Au printemps 1941, il quitte la mer pour le Proche-Orient. Il est affecté à l'état-major du général Legentilhomme, qui commande en Palestine la 1re division légère française libre, destinée à intervenir au Levant. Il participe à la campagne de Syrie de juin-juillet 1941, l'un des épisodes les plus douloureux de la guerre, où Français libres et troupes fidèles à Vichy se combattent.
En septembre 1941, il entre comme élève à l'école d'officiers de Damas, d'où il sort aspirant. Il est affecté au 2e bureau, le renseignement, de l'état-major de la 1re brigade française libre du général Koenig. En février 1942, il rejoint le 2e bataillon de la 13e demi-brigade de Légion étrangère, la 13e DBLE, en Libye. Il restera, dit l'Ordre, « toute sa vie très attaché » à cette unité.
0427 mai – 11 juin 1942Bir Hakeim
Chef de section antichars
La 1re brigade française libre tient alors un point d'appui au sud de la ligne de Gazala, dans le désert libyen : Bir Hakeim. À partir du 27 mai 1942, les forces de l'Axe commandées par Rommel l'attaquent. Pendant seize jours, sous les bombardements aériens et les assauts des blindés et de l'infanterie, la garnison du général Koenig tient la position, qui gêne la manœuvre de l'Afrikakorps. Dans la nuit du 10 au 11 juin, sur ordre, la brigade force l'encerclement et rejoint les lignes britanniques.
L'aspirant Germain y commande une section antichars. Il se distingue pendant les combats et reçoit une citation à l'ordre de l'armée, qui souligne qu'il a « montré de très belles qualités de chef » et qu'il a été « pour ses hommes un exemple constant de calme et de courage ». Il participe à la sortie de vive force de la nuit du 10 au 11 juin. Il est promu sous-lieutenant en septembre 1942.
Bir Hakeim a un retentissement considérable. Pour la première fois depuis 1940, une unité française tient tête à l'armée allemande pendant plus de deux semaines, et le nom devient un symbole de la France combattante. Pour Hubert Germain, c'est le cœur de son engagement : près de quatre-vingts ans plus tard, le cercueil du dernier Compagnon remontera les Champs-Élysées sur un blindé baptisé « Bir Hakeim ».
05Octobre 1942 – juin 1944Égypte, Tunisie, Italie
De l'Himeimat à Pontecorvo
À l'automne 1942, les Français libres sont engagés dans la seconde bataille d'El Alamein, en Égypte. Dans la nuit du 23 au 24 octobre, la 1re brigade attaque le massif de l'Himeimat, à l'extrémité sud du front. L'assaut échoue, les légionnaires doivent se replier, et le lieutenant-colonel Amilakvari, chef de corps de la 13e DBLE, y est tué le 24 octobre. Hubert Germain prend part à ces combats, puis à la campagne de Tunisie, jusqu'à la capitulation des forces de l'Axe en Afrique en mai 1943.
La 1re division française libre est ensuite engagée en Italie au printemps 1944, au sein du corps expéditionnaire français. Le 24 mai 1944, devant Pontecorvo, le lieutenant Germain commande une section antichars en appui du 1er bataillon de Légion étrangère, qui attaque le long du Liri. Il est blessé en dirigeant le tir des mitrailleuses lourdes de sa section, pour continuer à appuyer l'attaque.
Évacué sur Naples, il reçoit la croix de la Libération des mains du général de Gaulle, en Italie, fin juin 1944. Le décret qui le fait Compagnon de la Libération est daté du 20 novembre 1944. Le décalage entre la remise de la croix sur le front et la date du décret n'a rien d'exceptionnel dans l'histoire de l'Ordre.
06Août 1944 – 1946Provence, Alsace, Alpes
Jusqu'au bout de la guerre
En août 1944, Hubert Germain participe au débarquement de Provence avec la 1re DFL. Il prend part à la libération de Toulon, puis à la remontée de la vallée du Rhône et à la libération de Lyon. Il fait ensuite les campagnes des Vosges et d'Alsace pendant l'hiver 1944-1945, et termine la guerre dans le sud des Alpes, au massif de l'Authion, où la division mène ses derniers combats en avril 1945.
Il a donc fait toute la guerre de la France Libre, de l'été 1940 à la victoire : la mer, le Levant, le désert, l'Italie, la France. Appelé ensuite comme aide de camp du général Koenig, qui commande les forces françaises d'occupation en Allemagne, le lieutenant Germain est démobilisé en 1946.
071946 – 2021Saint-Chéron, Paris
La vie publique, puis le témoin
La paix revenue, Hubert Germain travaille d'abord comme attaché de direction dans une entreprise de produits chimiques. En 1953, il est élu maire de Saint-Chéron, dans l'actuelle Essonne, mandat qu'il conserve jusqu'en 1965. Il est chargé de mission au cabinet de Pierre Messmer, lui aussi Compagnon de la Libération et ancien de la 13e DBLE, devenu ministre des Armées, de 1960 à 1962 puis en 1967 et 1968.
Élu député de Paris en 1962, il est réélu en 1968 puis en mars 1973. Il entre au gouvernement de Pierre Messmer, sous la présidence de Georges Pompidou : ministre des Postes et Télécommunications de 1972 à 1974, puis ministre chargé des Relations avec le Parlement de mars à mai 1974. Il préside ensuite la Société française de télédistribution, de 1975 à 1982.
Il est membre du conseil de l'ordre de la Libération à partir de décembre 2010. Les Compagnons disparaissent alors un à un. Le 20 novembre 2020, la mort de Daniel Cordier, ancien secrétaire de Jean Moulin, fait d'Hubert Germain le dernier Compagnon vivant. Par décret du 25 novembre 2020, il est nommé chancelier d'honneur de l'ordre de la Libération, un titre honorifique distinct des fonctions de direction de l'Ordre. La même année paraissent ses mémoires, « Espérer pour la France ».
Dans ses dernières années, il témoigne volontiers, notamment auprès des jeunes. Le 18 juin 2021, centenaire, il assiste encore à la cérémonie de l'Appel au Mont-Valérien, aux côtés du président de la République. En septembre 2021, la Légion étrangère lui confère le grade de caporal-chef honoraire. Lors de l'hommage national, le chef de l'État rappellera une phrase par laquelle Hubert Germain résumait la diversité de ses compagnons :
« Nous avions des convictions philosophiques, politiques et religieuses différentes, voire opposées, mais nous avons su nous rassembler pour la cause sacrée de la liberté de notre patrie. »
Hubert Germain, cité par Emmanuel Macron, Invalides, 15 octobre 2021
0812 octobre – 11 novembre 2021Invalides, Arc de Triomphe, Mont-Valérien
Le dernier caveau
Hubert Germain meurt le 12 octobre 2021 à l'Hôtel national des Invalides, à Paris, à l'âge de 101 ans. Le 15 octobre, un hommage national lui est rendu dans la cour d'honneur des Invalides, sous la présidence d'Emmanuel Macron, qui prononce son éloge funèbre.
« Hubert Germain reposera dans la crypte du mont Valérien, scellant ainsi l'histoire des 1038 compagnons. »
Emmanuel Macron, hommage national, Invalides, 15 octobre 2021
Le 10 novembre, le cercueil est exposé sous le dôme des Invalides, où le public peut se recueillir. Le 11 novembre 2021, jour anniversaire de l'Armistice de 1918, le cortège suit l'itinéraire qu'Hubert Germain avait lui-même arrêté de son vivant avec la présidence de la République, selon l'Ordre : départ des Invalides, passage du pont Alexandre-III devant la statue du général de Gaulle, lente remontée des Champs-Élysées, halte à l'Arc de Triomphe. Le cercueil, couvert du drapeau tricolore, est porté par un blindé AMX-10 baptisé « Bir Hakeim », escorté par la Garde républicaine. Sous l'Arc de Triomphe, il est déposé près de la tombe du Soldat inconnu, au cœur de la cérémonie nationale du 11 novembre, en présence des familles de Compagnons et des autorités de l'État.
L'après-midi, le convoi gagne le Mont-Valérien, à Suresnes, principal lieu d'exécution de résistants et d'otages par l'armée allemande pendant l'Occupation. La cérémonie est très sobre : selon l'AFP, seuls La Marseillaise et le Chant des partisans sont joués. Le président de la République se recueille seul dans la crypte et dépose sur le cercueil une croix de Lorraine taillée dans le bois de la charpente de Notre-Dame de Paris, comme Hubert Germain l'avait souhaité. Il est inhumé dans le caveau central de la crypte.
Ce caveau avait une histoire. Le cérémonial de 2021 fait écho à celui de 1945 : les 10 et 11 novembre 1945, les corps de quinze combattants, représentant les différentes formes de la lutte de 1939 à 1945, avaient traversé Paris jusqu'à l'Arc de Triomphe avant d'être déposés dans une casemate du fort du Mont-Valérien. Un seizième, un fonctionnaire de la Garde indochinoise fusillé par les Japonais en 1945, les rejoint en 1952. Dans la nuit du 17 juin 1960, les seize cercueils sont transférés dans la crypte du nouveau mémorial de la France combattante, que le général de Gaulle inaugure le lendemain, 18 juin 1960. La crypte compte dix-sept caveaux, huit de chaque côté et un au centre. Selon l'Ordre et la presse de 2021, le général de Gaulle avait souhaité, dès l'inauguration, que le caveau central, le neuvième, reste vide jusqu'à ce qu'y repose le dernier Compagnon de la Libération. Il l'est resté soixante et un ans.
Lieu de mémoire · Fig. 02Le mur du Mémorial de la France combattante, inauguré par le général de Gaulle le 18 juin 1960.Photo Moonik, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons · sourceLieu de mémoire · Fig. 03Les portes de la crypte du Mont-Valérien, sous la croix de Lorraine : derrière elles, le caveau central où repose le dernier Compagnon.Photo Nicolas Pamart, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons · source
09Depuis 2021Mont-Valérien, Invalides
Après le dernier des 1 038
Avec Hubert Germain se ferme la liste des Compagnons vivants. L'ordre de la Libération, lui, ne disparaît pas. C'est aujourd'hui un établissement public placé sous la protection du président de la République et la tutelle du ministère des Armées. Depuis la loi de programmation militaire du 13 juillet 2018, il a pour mission de développer l'esprit de défense à travers l'exemple des Compagnons et des médaillés de la Résistance. Les cinq communes et les dix-huit unités distinguées en portent toujours le titre de Compagnon de la Libération.
On peut retrouver son histoire en deux lieux principaux. À Paris, le musée de l'Ordre de la Libération, à l'Hôtel national des Invalides, présente le parcours des Compagnons, leurs objets et leurs archives. À Suresnes, le mémorial du Mont-Valérien, haut lieu de la mémoire nationale, se visite gratuitement : la clairière des fusillés, la chapelle, le monument en forme de cloche qui porte les noms des fusillés identifiés et, devant la grande croix de Lorraine entourée de seize hauts-reliefs, la crypte où reposent désormais dix-sept morts pour la France, dont Berty Albrecht et Alfred Touny, Compagnons eux aussi. Chaque 18 juin, la cérémonie nationale de l'Appel s'y déroule devant la crypte.
La fin d'une génération ne se mesure pas seulement à une date de décès. Pendant quatre-vingts ans, la France Libre avait des témoins capables de dire « j'y étais ». Désormais, il reste les archives, les lieux, les noms gravés, et ceux qui choisissent de les transmettre.
C'est le sens de « Le Dernier Compagnon », qui clôt le volume : la chanson suit le parcours d'Hubert Germain de Saint-Jean-de-Luz au caveau numéro neuf, sans lui prêter aucune parole entre guillemets, et s'en tient aux faits publics. Elle répond à « Quoi qu'il arrive », qui raconte l'Appel du 18 juin 1940, point de départ de son engagement, et à « Bir Hakeim », la bataille où il a commandé sa section antichars. Entre les deux, toute une génération a dit non. La dernière strophe passe le relais à celui qui écoute.
Les paroles
Ballade piano-voix qui devient hymne, relève de la garde
Couplet 1
Il avait dix-neuf ans quand la France est tombée,
Il préparait Navale — il a pris un bateau,
Mais pas pour les concours : pour continuer la guerre,
Depuis Saint-Jean-de-Luz, cap sur l'Angleterre.
Fils de général, il aurait pu attendre,
Choisir la voie sage, les écoles, le rang —
Il a choisi de Gaulle, l'exil et le serment,
La Légion étrangère, et le feu pour examen.
Couplet 2
Bir Hakeim sous les bombes, il y était,
Officier dans la fournaise des seize jours,
El Himeimat, la Tunisie, l'Italie,
Blessé au combat, soigné, revenu — toujours.
Puis les plages de Provence, un matin d'août,
La remontée du Rhône, les Vosges, le bout —
De ceux qui ont tout fait, du début à la fin :
De l'an quarante à la victoire, sans lâcher la main.
Refrain
Le dernier Compagnon a rejoint les autres,
Un soir d'octobre, à cent un ans,
Et la crypte du Mont-Valérien
Gardait sa place depuis soixante ans.
Le caveau numéro neuf attendait,
Le dernier lit du dernier veilleur —
Mais ne dis pas que la flamme s'éteint :
Elle change de mains — elle est dans les nôtres, maintenant !
Couplet 3
Mille trente-huit noms sur un livre d'or,
Les Compagnons de la Libération, l'ordre des premiers,
Ceux qui ont dit non quand non voulait dire mort —
Aviateurs, résistants, religieux, soldats.
Et lui, jeune engagé d'alors, devenu le dernier.
La vie d'après fut longue : député, ministre,
Mais chaque 18 juin, au Mont-Valérien,
Il était là, droit sous la croix de Lorraine,
Et chaque année la rangée des siens se faisait plus mince.
Refrain
Le dernier Compagnon a rejoint les autres,
Un soir d'octobre, à cent un ans,
Et la crypte du Mont-Valérien
Gardait sa place depuis soixante ans.
Le caveau numéro neuf attendait,
Le dernier lit du dernier veilleur —
Mais ne dis pas que la flamme s'éteint :
Elle change de mains — elle est dans les nôtres, maintenant !
Instrumental · piano et cordes, puis les tambours militaires entrent
Couplet 4
Il disait aux enfants : nous n'étions pas des surhommes —
Nous étions des vivants qui refusaient de mourir à genoux.
Le 11 novembre 2021, la France entière
A marché derrière lui jusqu'au Mont-Valérien :
L'Arc de Triomphe d'abord, l'hommage de la nation,
Puis la crypte, le silence, et la pierre qu'on scelle —
Ce jour-là, l'ordre s'est refermé comme un livre.
Mais un livre qu'on referme n'est pas un livre qu'on oublie.
Pont
Mille trente-huit Compagnons.
Cinq communes. Dix-huit unités combattantes.
Et maintenant : plus aucun vivant.
Alors qui monte la garde ?
Chœurs de guerre
Nous ! — Qui se souviendra ? — Nous !
Qui dira leurs noms ? — Nous !
Qui reprend le flambeau ? — Nous ! Nous ! NOUS !
Refrain
Le dernier Compagnon a rejoint les autres,
Un soir d'octobre, à cent un ans,
Et la crypte du Mont-Valérien
Gardait sa place depuis soixante ans.
Le caveau numéro neuf attendait,
Le dernier lit du dernier veilleur —
Mais ne dis pas que la flamme s'éteint :
Elle change de mains — elle est dans les nôtres, maintenant !
Final
La flamme change de mains, elle est dans les nôtres !
De l'Appel de juin au dernier des veilleurs !
Chante leurs noms, et tu deviens l'un des leurs :
La mémoire est un poste de garde — à nous l'honneur !