Jouer le jeu

Date
26 août 1940
Lieu
Tchad, aujourd'hui N'Djamena
Coordonnées
12,107° N · 15,044° E
Événement
Félix Éboué et le ralliement du Tchad

Un gouverneur né à Cayenne choisit la France Libre. Le Tchad devient la première colonie ralliée.

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L'histoire · 13 min de lecture

L'histoire derrière « Jouer le jeu »

Fin août 1940, la France Libre n'a ni territoire, ni administration, ni capitale. En trois jours, l'Afrique équatoriale lui donne les trois. Le premier à franchir le pas est le gouverneur du Tchad, Félix Éboué, né à Cayenne, descendant d'esclaves : le 26 août 1940, à Fort-Lamy, il fait du Tchad la première colonie ralliée au général de Gaulle.

01Juin 1940Fort-Lamy

Un territoire au bout du monde

En juin 1940, le Tchad est le plus septentrional des quatre territoires de l'Afrique équatoriale française (AEF), avec le Gabon, le Moyen-Congo et l'Oubangui-Chari. Sa capitale s'appelle Fort-Lamy, l'actuelle N'Djamena, au confluent du Chari et du Logone. Au nord, ses confins désertiques touchent la Libye, colonie de l'Italie fasciste, qui entre en guerre contre la France le 10 juin. Au sud et à l'ouest, il est bordé par des colonies britanniques, le Nigeria en tête, d'où arrivent une partie de ses vivres et de son commerce.

Selon le témoignage d'Henri Laurentie, alors secrétaire général du territoire, c'est au cercle de Fort-Lamy, sur le seul poste de radio capable de capter la métropole, que l'on entend le 17 juin le discours du maréchal Pétain annonçant qu'il faut cesser le combat. L'appel du général de Gaulle, lancé de Londres le lendemain, est connu dans les jours qui suivent. Les armistices sont signés avec l'Allemagne le 22 juin, avec l'Italie le 24. À Brazzaville, le gouverneur général de l'AEF, Pierre Boisson, se range derrière le nouveau gouvernement.

À Fort-Lamy, le gouverneur du Tchad ne s'y résigne pas. Il s'appelle Félix Éboué. Il a 55 ans, et rien dans sa carrière ne le désigne comme un homme d'insurrection : c'est un haut fonctionnaire de la République, passé par trente ans d'administration coloniale. C'est précisément ce qui donnera tant de poids à son choix.

Archive · Fig. 01Fanion du Groupe nomade de l'Ennedi, l'une des unités sahariennes du Tchad passées à la France Libre.Paris Musées / musée de la Libération de Paris, CC0 · source
021884 – 1939Cayenne, Oubangui-Chari, Guadeloupe

Un administrateur hors norme

Félix Éboué naît à Cayenne, en Guyane, le 26 décembre 1884, quatrième des cinq enfants d'une famille descendante d'esclaves. Bon élève, il obtient en 1901 une demi-bourse pour poursuivre ses études à Bordeaux, où il passe son baccalauréat en 1905, puis entre à l'École coloniale de Paris, dont il sort diplômé en 1908.

En 1909, il est affecté en Oubangui-Chari, l'actuelle République centrafricaine. Il y reste près d'un quart de siècle, jusqu'en 1933. Il y apprend les langues, étudie les sociétés qu'il administre et défend une politique d'« association » plutôt que d'assimilation : développer de nouvelles cultures comme le coton et les routes, sans sacrifier les cultures vivrières ni les coutumes locales. En 1921, il épouse Eugénie Tell, Guyanaise elle aussi. Son adhésion à la Ligue des droits de l'homme, en 1928, lui vaut des relations tendues avec sa hiérarchie.

Il est ensuite secrétaire général de la Martinique (1932 – 1933), puis gouverneur par intérim au Soudan français, l'actuel Mali. À l'automne 1936, le gouvernement du Front populaire l'envoie en Guadeloupe pour y appliquer ses réformes et apaiser les tensions de l'archipel. Il est alors présenté comme le premier homme noir à occuper un tel poste de gouverneur dans l'administration coloniale française.

Le 1er juillet 1937, il préside la distribution des prix du lycée Carnot de Pointe-à-Pitre. Son discours aux élèves, publié la même année sous le titre « Jouer le jeu », devient le texte le plus célèbre de sa carrière. Il y décline, en une série de maximes, ce que signifie à ses yeux une vie droite : le désintéressement, le refus des préjugés, le sens des responsabilités, le respect de l'opinion d'autrui. L'expression est donc bien la sienne, et c'est elle qui donne son titre à la chanson.

« Jouer le jeu, c'est être désintéressé. »
Félix Éboué, lycée Carnot, Pointe-à-Pitre, 1er juillet 1937

Le texte circule en plusieurs versions, dont certaines à l'impératif (« jouez le jeu »). Fin 1938, le ministre des Colonies Georges Mandel le nomme au Tchad ; il prend ses fonctions au début de 1939 (sa nomination est datée de 1938 par l'Ordre de la Libération, du 4 janvier 1939 par Chemins de mémoire). Laurentie rapporte que Mandel lui aurait dit, en l'envoyant là-bas : « il va y avoir la guerre ».

26 août 1940le Tchad, première colonie ralliée à la France Libre
3 joursTchad, Cameroun, Congo : les « Trois Glorieuses »
29 janvier 1941Éboué fait Compagnon de la Libération
20 mai 1949Félix Éboué entre au Panthéon
03Juin – août 1940Fort-Lamy, Lagos

Deux mois pour préparer le choix

Le ralliement du Tchad n'est pas un coup de tête : c'est une décision mûrie pendant deux mois, dans un territoire isolé, sous la surveillance de Brazzaville. Selon Chemins de mémoire, Éboué fait savoir dès le 29 juin qu'il n'appliquera pas les clauses de l'armistice. Début juillet, un émissaire britannique venu du Nigeria, le commissaire Adams, est reçu à Fort-Lamy ; le 8 juillet, Laurentie repart avec lui vers Lagos, porteur d'une lettre d'Éboué pour le général de Gaulle. Le 16 juillet, de Gaulle répond par un télégramme d'encouragement.

La position du gouverneur est fragile. Boisson, devenu haut-commissaire de Vichy pour l'Afrique, fait étape à Fort-Lamy les 20 et 21 juillet en route vers Dakar et exige le départ de l'agent de liaison britannique installé auprès d'Éboué. Le 27 juillet, Éboué adresse un rapport à de Gaulle. Le 20 août, selon Laurentie, il annonce à une délégation de sous-officiers son intention de « sauter le pas ».

Le Tchad n'est pas le premier territoire français à rejoindre de Gaulle : le condominium franco-britannique des Nouvelles-Hébrides, dans le Pacifique, l'a fait dès juillet 1940 (le 22 juillet selon la Fondation Charles de Gaulle). Mais aucune colonie n'a encore franchi le pas. C'est l'enjeu de ces semaines : prouver qu'une partie de l'Empire peut se ranger derrière l'homme de Londres sans se déchirer.

Dans les derniers jours d'août, l'avion de Lagos amène à Fort-Lamy deux envoyés du général : René Pleven, futur ministre, et le lieutenant-colonel Jean Colonna d'Ornano (le 23 août selon Laurentie, le 25 selon Guy Vourc'h). Le 24, Pleven et d'Ornano parlent aux sous-officiers ; l'après-midi, Éboué réunit ses chefs de service. Laurentie rapporte ses premiers mots :

« J'ai pris la résolution de placer le territoire sous les ordres du général de Gaulle. »
Félix Éboué, Fort-Lamy, 24 août 1940, selon le témoignage d'Henri Laurentie

Reste l'armée. Le commandant militaire du territoire, le colonel Pierre Marchand, est en tournée. Rappelé, il arrive le 25 août dans l'après-midi et donne son adhésion.

0426 août 1940Fort-Lamy

La déclaration de la mairie

Le lundi 26 août 1940, à la mairie de Fort-Lamy, la déclaration de ralliement aux Forces françaises libres est lue publiquement. Selon Guy Vourc'h, c'est le colonel Marchand qui en donne lecture, et le texte a été rédigé par Pleven et Éboué. Aucun coup de feu n'est tiré. Éboué s'adresse ensuite à ceux qui désapprouvent : Laurentie rapporte qu'il parle d'une « minorité loyale » dont il regretterait de se séparer, et que ceux qui le souhaitent seront libres de partir.

Le même jour, un télégramme officiel signé d'Éboué et de Marchand, conservé aux Archives nationales d'outre-mer, annonce la décision. Il est rédigé dans le style télégraphique de l'époque : le gouverneur et le commandant militaire déclarent que le Tchad, dans l'intérêt de la France et de son empire et pour éviter la ruine du territoire, se range aux côtés des forces du général de Gaulle et coopère avec les Britanniques. Le texte évoque des accords économiques avec le Nigeria, insiste sur le calme de l'opération et sur la discipline volontaire des militaires et des fonctionnaires. Éboué s'y dit prêt à s'effacer si la décision est désavouée.

Le 27 août, à Londres, Maurice Schumann annonce la nouvelle sur les ondes de la BBC. Le Tchad, rappelle-t-il, est le plus vaste et le plus peuplé des territoires de l'AEF. Vichy réplique en révoquant Éboué et en le condamnant à mort par contumace.

C'est ce jour que la mémoire retient : le Tchad est la première colonie française ralliée à la France Libre. Sur la carte, la France combattante n'est plus seulement une voix à la radio et quelques milliers de volontaires en Angleterre. Elle a désormais une terre.

0527 – 29 août 1940Douala, Brazzaville

Les Trois Glorieuses

L'exemple tchadien déclenche le reste. Dans l'après-midi du 26 août, un petit groupe embarque en pirogues à Victoria, au Cameroun sous mandat britannique. Il est mené par Philippe de Hauteclocque, qui se fait appeler Leclerc : officiellement chef d'escadrons, il porte pour l'occasion des galons de colonel qu'il s'est « donnés » provisoirement, selon le témoignage du général Gardet. Avec lui, Claude Hettier de Boislambert et une vingtaine de Français libres (de 17 à 23 selon les sources). Ils remontent l'estuaire du Wouri de nuit, sous une tornade, et touchent les quais de Douala avant l'aube, vers 3 h ou 5 h selon les témoins.

Le capitaine Louis Dio met ses hommes à la disposition de Leclerc ; au matin du 27 août, les points clés de Douala sont tenus et le ralliement du Cameroun est proclamé. Le haut-commissaire Brunot, à Yaoundé, s'efface dans les jours suivants.

Le 28 août, c'est Brazzaville. Le commandant Raymond Delange et ses hommes s'assurent des chefs restés fidèles à Vichy, dont le général Husson, gouverneur général par intérim ; l'opération se termine, selon le récit de Guy Vourc'h, « au bout de deux heures sans qu'un coup de fusil ait été tiré ». Dans l'après-midi, le colonel Edgard de Larminat, représentant de De Gaulle, arrive par vedette et prend ses fonctions, avec l'appui du médecin général Adolphe Sicé.

On appellera ces trois journées des 26, 27 et 28 août les « Trois Glorieuses », par écho aux journées révolutionnaires de juillet 1830. L'Oubangui-Chari suit, entraîné par le gouverneur Pierre de Saint-Mart (le 29 ou le 30 août selon les sources). Seul le Gabon reste fidèle à Vichy : il faudra une campagne militaire, en octobre et novembre 1940, pour le rallier, et Libreville ne tombe qu'à la mi-novembre.

Archive · Fig. 02Octobre 1940 : le gouverneur Félix Éboué accueille le général de Gaulle au Tchad, premier territoire rallié à la France Libre.Office of War Information / Library of Congress, domaine public · source
061940 – 1943Tchad, Libye

La base du désert

Pour de Gaulle, l'AEF change tout. La France Libre a enfin une capitale, Brazzaville, où il crée le 27 octobre 1940 le Conseil de défense de l'Empire ; elle a des ressources, une administration et des soldats. Avant cela, à la mi-octobre, le général est venu à Fort-Lamy, où Éboué l'a accueilli.

Le Tchad a une valeur stratégique particulière : sa longue frontière avec la Libye met les Français libres au contact direct de l'ennemi, à proximité des forces britanniques d'Égypte. Le territoire se trouve aussi sur la route aérienne que les Britanniques ouvrent dès l'été 1940 entre Takoradi, sur la côte de l'Afrique occidentale, et Khartoum puis Le Caire, pour acheminer des avions vers le front d'Égypte. Le ralliement de Fort-Lamy sécurise ce couloir.

C'est du Tchad que partent les premières offensives de la France Libre. Leclerc, qui prend le commandement militaire du territoire à la fin de 1940, lance en janvier 1941 un raid avec le Long Range Desert Group britannique sur l'oasis italienne de Mourzouk, dans le Fezzan : le lieutenant-colonel d'Ornano, l'un des envoyés d'août, y est tué. Puis, le 1er mars 1941, après une dizaine de jours de siège, sa colonne obtient la reddition du fort italien de Koufra, et ses hommes prêtent le lendemain le serment de ne s'arrêter qu'à Strasbourg. Suivront les campagnes du Fezzan en 1942 et 1943, jusqu'à la jonction avec la 8e armée britannique.

Ces colonnes sont formées pour une large part de tirailleurs africains, notamment ceux du régiment de tirailleurs sénégalais du Tchad, encadrés par des officiers et sous-officiers européens. En AEF et au Cameroun sont aussi levés les bataillons de marche qui combattront en Érythrée, en Syrie, en Libye et jusqu'en Europe. Le nombre total d'Africains engagés dans les forces françaises libres varie selon les sources et les périodes ; on estime généralement qu'ils en ont formé, dans les premières années, une très large part.

Archive · Fig. 03Un fantassin tchadien des Forces françaises libres, décoré de la croix de guerre, vers 1942.Office of War Information / Library of Congress, domaine public · source
071940 – 1944Brazzaville, Le Caire

Gouverneur général de l'AEF

Le 12 ou 13 novembre 1940 (les sources varient d'un jour), de Gaulle nomme Éboué gouverneur général de l'Afrique équatoriale française et membre du Conseil de défense de l'Empire. Le 29 janvier 1941, un décret le fait Compagnon de la Libération ; il siège au conseil de l'Ordre. Installé à Brazzaville, il organise l'effort de guerre du territoire : recrutement, productions destinées aux Alliés, finances de la France Libre.

Il pense aussi à l'après-guerre. Sa circulaire du 8 novembre 1941 sur « la nouvelle politique indigène pour l'AEF » recommande de respecter le droit coutumier, d'associer des conseils africains à l'administration et de former des cadres africains. En juillet 1942, de Gaulle signe trois décrets inspirés de cet esprit, sur les notables, les communes africaines et un office du travail.

Du 30 janvier au 8 février 1944, la conférence de Brazzaville, ouverte par de Gaulle et présidée par René Pleven, réunit les gouverneurs de l'Afrique française pour réfléchir à l'avenir de l'Empire. Ses recommandations reprennent plusieurs idées d'Éboué : décentralisation administrative, participation des Africains aux affaires locales, représentation élue dans la future assemblée constituante, suppression à terme du travail forcé. Mais elles écartent toute perspective d'autonomie, et Chemins de mémoire note qu'Éboué n'en est pas satisfait.

Épuisé, il part en congé avec sa famille, qui l'a rejoint en 1942. Il se rend en Égypte. C'est là, au Caire, qu'il meurt le 17 mai 1944 d'une congestion pulmonaire, à 59 ans. Il ne verra ni le débarquement de Normandie, trois semaines plus tard, ni la libération de Paris, ni la victoire.

Archive · Fig. 04Félix Éboué dessiné en 1943 par Charles Alston pour l'Office of War Information américain.Charles Alston / Office of War Information, National Archives (NARA), domaine public · source
081949 – aujourd'huiParis, Cayenne, N'Djamena

Au Panthéon et dans la mémoire

Le 20 mai 1949, les cendres de Félix Éboué sont transférées au Panthéon, en même temps que celles de Victor Schœlcher, l'artisan de l'abolition de l'esclavage de 1848, à l'initiative notamment du président du Conseil de la République, le Guyanais Gaston Monnerville. Le petit-fils d'esclaves repose ainsi aux côtés de l'abolitionniste. Il est le premier homme noir inhumé au Panthéon. Il est aussi l'un des Compagnons de la Libération qui y reposent.

Sa veuve, Eugénie Éboué-Tell, engagée elle-même dans les formations féminines de la France Libre à l'hôpital militaire de Brazzaville, sera élue députée de la Guadeloupe aux deux Assemblées constituantes de l'après-guerre.

Le nom d'Éboué est partout dans la mémoire française et africaine. À Paris, la place Félix-Éboué, dans le 12e arrondissement, et la station de métro Daumesnil, qui porte aussi son nom. À Cayenne, l'aéroport Félix-Éboué et un lycée. À N'Djamena, l'ancienne Fort-Lamy, un lycée porte également son nom. Partout en France, des rues, des écoles et des plaques rappellent le gouverneur du Tchad. Chaque 26 août, l'anniversaire du ralliement est l'occasion de rappeler la part de l'Afrique dans la France Libre. Le musée de l'Ordre de la Libération, aux Invalides, conserve sa mémoire parmi celle des 1 038 Compagnons.

Pour les visiteurs, la crypte du Panthéon est le lieu le plus direct pour lui rendre hommage. Pour comprendre ce qu'il a déclenché, il faut aussi se souvenir de Fort-Lamy, de sa mairie et de ce télégramme d'août 1940 qui annonçait, en quelques lignes sèches, qu'un territoire africain continuait la guerre.

09Août 1940De Fort-Lamy à Koufra

Ce que raconte la chanson

« Jouer le jeu » reprend le titre du discours de Pointe-à-Pitre et le retourne en programme de vie : tenir sa parole quand tout le monde quitte la table. La chanson suit Éboué de Cayenne à Fort-Lamy, puis les Trois Glorieuses de Douala et de Brazzaville, les tirailleurs, la conférence de 1944, la mort au Caire et le Panthéon. Elle prend quelques libertés poétiques : quand elle chante « premier territoire », il faut entendre première colonie ralliée, puisque les Nouvelles-Hébrides avaient rejoint de Gaulle dès juillet 1940 ; et le télégramme de Vichy qu'elle met en scène est une image, non un document.

Elle répond à « Quoi qu'il arrive », la chanson de l'Appel : le 26 août 1940, le Tchad est la première colonie à y répondre officiellement. Elle ouvre aussi la route du « Serment » : c'est de Fort-Lamy que partira la colonne de Leclerc vers Koufra, avec les tirailleurs que la chanson fait marcher jusqu'au Rhin.

Les paroles

Hymne soul-orchestral, cuivres de fanfare, percussions sahéliennes
Couplet 1

Cayenne l'a vu naître, petit-fils d'esclave,

La République l'a fait gouverneur,

Et le voilà à Fort-Lamy, sous la chaleur,

Quand la métropole a baissé pavillon.

Vichy télégraphie : « Soumettez-vous, restez sage »,

Londres n'est qu'une voix au bout du désert —

Mais l'honneur n'a jamais demandé son visage,

Ni la couleur des mains qui le tiennent en l'air.

Couplet 2

Il pèse ce qu'il risque : sa place, sa tête,

Il a femme et enfants, il a tout à perdre,

Il choisit en une nuit, et sa nuit est nette :

On ne négocie pas avec la honte.

Le 26 août, le télégraphe crache :

Le Tchad se range aux côtés de la France Libre —

Premier territoire à relever le titre :

Français libres ! Deux mots qui rallument la guerre.

Refrain

Jouer le jeu — quand tout le monde quitte la table !

Jouer le jeu — quand l'espérance est introuvable !

Le 26 août, le Tchad a dit non,

Et la France Libre a trouvé sa maison !

Premier territoire, première frontière,

L'Empire qui se lève quand Paris se tait —

La France ce jour-là respirait en Afrique,

Et c'est un fils de Guyane qui la faisait respirer !

Couplet 3

Trois jours d'août, on les nomme les Trois Glorieuses :

Le Tchad, puis Douala où Leclerc débarque la nuit,

Brazzaville enfin, capitale courageuse —

Capitale de la France, oui, la vraie, celle qui vit !

Et dans les rangs poussiéreux des tirailleurs,

Des hommes de Garoua, de Bangui, de partout,

Qui partiront vers Koufra derrière Leclerc,

Marcheront jusqu'au Rhin pour un pays debout.

Refrain

Jouer le jeu — quand tout le monde quitte la table !

Jouer le jeu — quand l'espérance est introuvable !

Le 26 août, le Tchad a dit non,

Et la France Libre a trouvé sa maison !

Premier territoire, première frontière,

L'Empire qui se lève quand Paris se tait —

La France ce jour-là respirait en Afrique,

Et c'est un fils de Guyane qui la faisait respirer !

Chœurs de guerre

Debout ! — La France est debout !

Debout ! — L'Afrique est debout !

Un seul drapeau ! — Un seul combat !

Jouer le jeu ! — Jusqu'au bout !

Instrumental · cuivres et percussions, montée

Couplet 4

Quarante-quatre : Brazzaville encore,

Une conférence qui regarde plus loin,

Il parle d'un empire qui devra changer de destin —

Il se bat sur deux fronts : l'ennemi, et demain.

Il meurt au Caire en mai, sans voir la victoire,

Sans voir Paris, sans voir les drapeaux rendus —

Il avait tout donné avant l'heure de gloire :

Les plus grands serviteurs sont les moins attendus.

Pont

« Jouer le jeu », c'était le titre de son discours à la jeunesse, à Pointe-à-Pitre, en 1937.

Trois ans plus tard, il a joué le sien.

Cinq ans après sa mort, en 1949, la France l'a couché au Panthéon —

premier homme noir à entrer sous la coupole.

Quand on vous parle de la France Libre, souvenez-vous où elle est née.

Refrain

Jouer le jeu — quand tout le monde quitte la table !

Jouer le jeu — quand l'espérance est introuvable !

Le 26 août, le Tchad a dit non,

Et la France Libre a trouvé sa maison !

Premier territoire, première frontière,

L'Empire qui se lève quand Paris se tait —

La France ce jour-là respirait en Afrique,

Et c'est un fils de Guyane qui la faisait respirer !

Final

Jouer le jeu ! (jusqu'au bout) Jouer le jeu ! (debout)

La France ce jour-là respirait en Afrique —

Et elle n'a jamais eu le souffle aussi pur !

Paroles © 18:30 · reproduction interdite sans autorisation